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Pourquoi Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont raté leurs paris

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 juin 2017

Jean-Luc Mélenchon

En dépit de leurs bons scores personnels, les leaders du Front national et de La France insoumise échouent à transformer l’essai de la présidentielle. Seuls les députés de la France insoumise, alliés aux communistes, ont une (petite) chance de décrocher un groupe dans la future Assemblée nationale.

Deux arbres qui cachent la forêt. Les succès de Marine Le Pen (45% des voix à Hénin-Beaumont) et de Jean-Luc Mélenchon (33% des voix dans le centre de Marseille) masquent mal l’échec global de leurs formations au premier tour des élections législatives. Si les deux leaders ont de bonnes chances d’entrer au Palais Bourbon le 18 juin, ils n’entraîneront dans leur sillage que peu de députés.

Le Front national devrait disposer d’un à cinq élus, selon Ipsos, et La France insoumise, alliée au PCF, aura entre huit et dix-huit sièges. En clair, seule la gauche radicale peut espérer passer la barre fatidique des quinze députés et constituer un groupe politique dans le futur hémicycle.

Avec 13,2% des voix, le parti d’extrême droite récolte moins de suffrages qu’il y a cinq ans (13,6%), alors que les caciques du Front tablaient, il y a quelques semaines encore, sur une entrée fracassante à l’Assemblée nationale. Dur retour à la réalité, pour des cadres qui martèlent depuis des années qu’ils dirigent le «premier parti de France».

Dès les résultats connus le 11 juin, Nicolas Bay, le secrétaire général du parti, a d’ailleurs assuré que l’absence d’un groupe FN à l’Assemblée s’apparenterait à un «scandale démocratique».

De fait, les portes du Palais Bourbon ne devraient s’ouvrir qu’au compte-gouttes pour les candidats du Front national. Tant la majorité des qualifiés du 11 juin risquent de se heurter à un solide front républicain entre les deux tours. La faiblesse du taux de participation limite en effet drastiquement les possibilités de maintien de trois candidats au second tour – les fameuses «triangulaires» – qui favorisent traditionnellement les candidats FN. En 2012, c’est grâce à cette configuration que les deux seuls députés FN, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, avaient été élus.

Les têtes d’affiche tombent au FN

Même les figures du Front national arrivés en tête du premier tour ont du souci à se faire. C’est le cas de Florian Philippot (23,7%), talonné dans la 6 circonscription de Moselle par le candidat La République en marche Christophe Arend (22,2 %).

Ou de Louis Aliot, candidat dans la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales et compagnon de Marine Le Pen, qui récolte 30,8% des suffrages, juste devant une candidate Modem Christine Espert (29 %). Gilbert Collard (32,27 %) aura aussi le plus grand mal à conserver son fauteuil face à l’ancienne torera LRM Mari Sara (32 %), dans la 2e circonscription du Gard.

Plus sévère, le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, pourtant parachuté dans une région où le vote frontiste est traditionnellement élevé, manque la marche du second tour à une vingtaine de voix près. Lui qui voulait incarner une aile libérale-identitaire face à Florian Philippot au prochain congrès du parti début 2018, ressort affaibli du scrutin.

Jean-Lin Lacapelle, le responsable des fédérations, est aussi évacué de la 12 circonscription des Bouches-du-Rhône dès le premier tour. Tout comme le comédien Franck de Lapersonnne, qui avait apporté son soutien à Marine Le Pen dès le mois de février, qui est largement devancé par le candidat LRM et celui de La France insoumise dans la 1 circonscription de la Somme.

Une situation plus porteuse pour FI

Pour la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, la situation après le premier tour est nettement plus porteuse. En clair, si ce n’est un succès, ce n’est pas un échec non plus. Car, le mouvement créé de toutes pièces en 2016 pour porter la candidature de « Méluch », obtient quelque 11% des suffrages.

C’est beaucoup mieux que les 6,91% des voix du Front de gauche de 2012. Mais au regard du score du premier tour de la présidentielle (19,6% des suffrages), FI n’a pas su surfer sur cette dynamique. Certes, la forte abstention des jeunes et des ceux « dégoûtés de la politique », deux catégories qui ont porté au pinacle l’actuel député européen, explique en partie cela.

Mais, le changement de ton du leader de la France insoumise a joué également un rôle. En effet, Jean-Luc Mélenchon est retombé dans ses travers en ressuscitant « le bruit et la fureur » de 2012. Invectives contre les journalistes, polémiques suite à des déclarations fracassantes… Il a retrouvé les habits du bateleur, quitte à déboussoler une partie de son électorat.

Sa cible préférée a été le Parti socialiste, l’objet de toutes ses philippiques. Son but était clair: réduire à néant les socialistes. De ce point de vue, son pari est à moitié réussi. La France insoumise devance d’une courte tête le PS: 11% contre 9%. Mais surtout d’après les projections pour le second tour de l’Ipsos, le parti toujours emmené par Jean-Christophe Cambadélis devrait avoir plus de députés:

…Entre 20 et 30 contre 8 à 18 pour FI et le parti communiste. Reste que le leader de la gauche contestataire a réussi son parachutage dans la 4e circonscription de Marseille. Il a en effet viré en tête le soir du premier tour (34,31 %) en éliminant de façon assez cuisante le socialiste Menucci (12,43 %).

Il devance largement la candidate de La République En Marche, la start-uppeuse Corinne Versini (22,66 %). Il a donc toutes ses chances pour le second tour. Sa présence au Palais Bourbon est essentielle pour asseoir son mouvement. Cela serait l’occasion pour lui d’avoir une tribune ouverte pendant cinq ans et donc d’avoir une visibilité médiatique qu’il n’avait pas eue en 2012 suite à sa défaite contre Marine Le Pen à Hénin Beaumont.

Les figures du mouvement sont aussi bien placées. Alexis Corbière, son bras droit, termine deuxième dans la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis avec 21,60% des voix, juste derrière marche Halima Menhoudj (24,70%). Compte tenu de la sociologie de la circonscription, terre historiquement ancrée très à gauche, il devrait bénéficier des reports de voix des électeurs qui ont choisi le communiste Gaylord Le Chequer (9,5%).

Et ce même si les deux hommes se sont livrés une guerre de tranchée pendant la campagne: Le Chequer, investi par le PC depuis juillet 2016, reprochant à l’Insoumis d’avoir été parachuté dans son pré carré électoral. Autre prétendant bien placé dans le département de la Seine-Saint-Denis: la conseillère Ile-de-France, Clémentine Autain, est arrivée en tête avec 37,21 % dans la 11e circonscription du « 93 » (Sevran, Tremblay, Villepinte).

Non loin de là, Stéphane Peu, ex-communiste, termine 1er de la 2e circonscription du 93 (27,69 %). Ce département où Jean-Luc Mélenchon a réalisé son meilleur score en Ile-de-France, est une bonne cuvée pour la France insoumise : Eric Coquerel dans la 1re, Dominique Delaunay dans la 3e, Bastien Lachaud dans la 6e et Sabine Rubin dans la 9e, arrivent en deuxième position et sont encore dans la course pour le second tour.

En revanche, pour les autres personnalités de FI, c’est un peu plus compliqué. Charlotte Girard, coresponsable du programme pendant la présidentielle, arrive loin derrière Pierre-Alain Raphan (LREM, 26,68 % des voix) avec 15,55 % des suffrages dans la 10e circonscription de l’Essonne.

Même topo pour Manuel Bompard, le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, candidat dans la 9e circonscription de Haute-Garonne: avec 18,91 % des voix, il accumule un retard de près de vingt points sur Sandrine Mörch (LREM) arrivée en tête avec 36,96 % des suffrages.

Enfin, le documentaliste et réalisateur de Merci Patron, François Ruffin, en liste dans la 1er circonscription de la Somme, est lui aussi distancé d’une dizaine de points par son adversaire de LREM, Nicolas Dumont.

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Le Billet de Charline

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 juin 2017

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Le FN au terminus des prétentieux

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 juin 2017

Marine Le Pen

Il y a six mois, les plus optimistes au sein du Front national tablaient, en cas de bonne dynamique à la présidentielle, sur un groupe parlementaire de 80 à 100 députés. Les «réalistes», eux, misaient sur 30 à 40 députés.

Le résultat final va rappeler la formation frontiste à la réalité de son relatif isolement politique: créditée de 13,4% des voix au premier tour (sur 98% des bulletins dépouillés), elle obtiendra au grand maximum, dans les projections les plus optimistes pour elle, dix députés le 18 juin.

En cinq ans, le FN a fait du surplace: à l’époque, Marine Le Pen avait «converti» ses 17,9% de la présidentielle en 13,6% aux législatives; cette année, le parti fait donc à peine autant (et moins que son record de 1997: 14,9%) alors que sa présidente s’est qualifiée pour le second tour avec 21% avant d’obtenir près de 34% face à Emmanuel Macron.

Cette stagnation va ramener le FN à son plafond de verre habituel, d’autant qu’il lui est toujours très compliqué de l’emporter en duel au second tour (le dernier à l’avoir réussi est le maire de Toulon Jean-Marie Le Chevallier, en 1997) et qu’il y aura peu de triangulaires cette année en raison de la faible participation.

«Aucun risque sauf d’être élue au premier tour»

S’il ne devait en rester qu’un, cela sera sans doute une: Marine Le Pen paraît la mieux placée pour être élue dimanche prochain.

Avec 46% des voix, elle partira largement favorite face à la candidate LREM, arrivée trente points derrière, mais ne réalise pas un score fabuleux dans une circonscription dont un de ses lieutenants disait: «À Hénin-Beaumont, elle n’a aucun risque sauf d’être élue au premier tour.»

En revanche, le FN est tout sauf assuré de conserver les deux circonscriptions qu’il avait gagnées en triangulaire en 2012. Dans le Gard, Gilbert Collard est au coude-à-coude au premier tour avec la torera Marie Sara, les candidats LR (14%) et FI (13%) faisant figure d’arbitres du second tour.

Dans la troisième circonscription du Vaucluse, conquise en triangulaire par Marion Maréchal-Le Pen, qui avait décidé de ne pas se représenter, son ancien suppléant Hervé de Lépinau est devancé de très peu par la candidate LREM Brune Poirson, qui semble disposer de réserves de voix du côté de LR, voire de la France insoumise.

Plusieurs personnalités sortent elles en tête du premier tour. Dans la circonscription voisine de celle de Marine Le Pen, son lieutenant Bruno Bilde est largement premier face à une candidate LREM, qui devra compter sur des très bons reports du PS et de la France insoumise pour l’emporter.

Le même scénario vaut aussi, dans le Pas-de-Calais, pour le jeune conseiller municipal de Béthune Ludovic Pajot et l’ancien permanent communiste José Evrard, en tête dans leur circonscription avec respectivement dix et quinze points d’avance sur LREM.

Dans la 19e circonscription du Nord, près de Valenciennes, Sébastien Chenu, ancien animeur de GayLib, courant de défense des droits LGBT au sein de l’UMP, arrive en tête avec plus de 33% face à une opposition très fragmentée, quatre candidats LREM, PS, FI et PCF obtenant entre 10% et 18% des voix.

À Béziers, Emmanuelle Ménard, l’épouse du maire de la ville Robert Ménard, devance de près de onze points la candidate LREM, avec plus de 35%. Dans la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales, le compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, devance de peu la candidate LREM avec un peu moins de 31%.

En Arles, Valérie Laupies, battue de moins de 1.400 voix par Michel Vauzelle en 2012, arrive en tête avec plus de 28% mais stagne par rapport à son score d’il y a cinq ans. Dans le même département, dans les quartiers nord de Marseille, le sénateur et maire de secteur Stéphane Ravier, qui avait lui aussi frôlé la victoire il y a cinq ans, sort en tête avec six points d’avance sur LREM.

Signalons également, parmi les curiosités du premier tour, qu’un candidat FN arrive en tête dans la 6e circonscription de Meurthe-et-Moselle avec moins de 20%, devant une candidate France insoumise et quatre autres candidats recueillant entre 10% et 15% !

D’autres candidats ambitieux sont eux «scotchés» avec des scores d’environ un quart des voix qui risquent de sérieusement leur compliquer la tâche au second tour. C’est par exemple le cas, dans la 7e circonscription du Pas-de-Calais, celle de Calais, de Philippe Olivier, le beau-frère de Marine Le Pen.

Dans la 6e circonscription du Var, de Jérôme Rivière, transfuge de l’UMP (il a été député des Alpes-Maritimes entre 2002 et 2007) qui accuse dix points de retard sur LREM. De l’entrepreneur viticole Olivier Bettati, ancien adjoint de Jacques Médecin à la mairie de Nice, désormais candidat à Menton.

De Gaëtan Dussausaye, responsable du Front national de la jeunesse, dans l’Oise. De l’identitaire Philippe Vardon dans la 3e circonscription des Alpes-Maritimes. De l’énarque Jean Messiha, un «techno» coordinateur du projet présidentiel de Marine Le Pen, dans la circonscription de Soissons (Aisne).

Ou encore, dans la 4e circonscription du Doubs, de Sophie Montel, qui avait raté de moins de mille voix l’élection face au suppléant de Pierre Moscovici, Frédéric Barbier, lors d’une partielle organisée en 2015, et accuse treize points de retard sur ce même Barbier, passé chez Macron.

Philippot, la défaite de trop ?

Le constat est encore plus cinglant pour trois personnalités médiatiques éliminées dès le premier tour: Nicolas Bay, le responsable de la campagne législative du parti, dans la 6e circonscription de Seine-Maritime, Jean-Lin Lacapelle, le secrétaire national aux fédérations, plombé par la candidature d’un dissident soutenu par le FN dans la circonscription de Marignane-Vitrolles (Bouches-du-Rhône) et le comédien Franck de la Personne dans la 2e circonscription de la Somme, où se présentait le journaliste et réalisateur François Ruffin.

Un sort qui a aussi frappé, dans la circonscription de Cavaillon (Vaucluse), Thibault de la Tocnaye, fils d’un des conjurés de l’attentat du Petit-Clamart, privé de second tour par le candidat LR pour 45 voix, ou Marie-Amélie Dutheil de la Rochère à Sarrebourg (Moselle), à qui il a manqué une petite centaine de voix.

Pendant la campagne électorale, Le Figaro pointait qu’au sein du FN, la tendance «optimiste» se recrutait plutôt chez les partisans de Florian Philippot, surreprésentés dans les circonscriptions gagnables, tandis que ces derniers mois, les «pessimistes» se retrouvaient chez leurs adversaires, les partisans de l’union des droites.

La position très précaire du bras droit de Marine Le Pen n’en est que plus significative: à Forbach, il arrive certes en tête avec près de 24% des voix, mais ne retrouve pas son score de 2012, qui ne lui avait déjà pas permis de l’emporter au second tour (un sort qui frappe aussi un de ses proches, Kévin Pfeffer, dans la circonscription voisine, tandis que dans l’Aisne, son frère Damien Philippot se qualifie pour le second tour, mais sans réserves de voix).

Une éventuelle défaite le 18 juin n’améliorerait pas la position interne de celui qui est déjà très contesté au sein du FN. Et constituerait sans doute un indice de plus de l’incapacité du parti de remporter des circonscriptions jugées gagnables, qui risque de laisser Marine Le Pen dans une position inconfortable pendant cinq ans: celle de députée sans groupe parlementaire.

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Législatives: la mauvaise stratégie de La France insoumise

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 juin 2017

Jean-Luc Mélenchon

Avec près de 11% au premier tour des législatives, le mouvement porté par Jean-Luc Mélenchon n’a pas réussi à faire fructifier le score de son candidat à la présidentielle. La vague semble retombée. Porté par une campagne réussie, Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 19,58% des voix au premier tour de la présidentielle.

Une performance que La France insoumise (FI), son mouvement, n’a pas su rééditer aux législatives : ses candidats récoltent, dimanche 11 juin, 11,02% des voix. Dimanche prochain, ils ne peuvent espérer remporter qu’entre 8 et 18 sièges de députés, dont celui de leur chef de file à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Une déception pour ceux qui proclamaient pendant la campagne leur ambition d’imposer une cohabitation à Emmanuel Macron. « C’est une chose de faire un score remarquable à la présidentielle, avec le soutien des communistes et d’autres forces, c’en est une autre d’en faire quelque chose après », confiait à franceinfo, quelques jours avant le scrutin, Olivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste.

Macron en état de grâce

Jean-Luc Mélenchon avait senti le coup venir. « Il est incontestable que beaucoup de gens se vouent d’une manière un peu aveuglée au chef de l’Etat alors même qu’il est en train de procéder à un coup d’Etat social », avait-il reconnu sur TF1 quelques jours avant le scrutin.

Cet état de grâce présidentiel, provoqué selon les « Insoumis » par les médias, est pour les proches du candidat la première explication de cette campagne en demi-teinte. « Cela fait un moment qu’Emmanuel Macron n’a pas besoin de clip de campagne officiel », estimait avant le premier tour Eric Coquerel, orateur national de La France insoumise et candidat dans la première circonscription de Seine-Saint-Denis.

Le mode de scrutin, structurellement favorable aux grandes formations politiques, et le calendrier politique sont également évoqués. « La logique des institutions, avec l’inversion du calendrier [depuis le passage au quinquennat, en 2002, les législatives sont organisées juste après la présidentielle], aide à ce matraquage, selon lequel les jeux seraient faits et qu’il faudrait donner une majorité au président. »

« C’est pour cela que nous avons toujours voulu remettre en cause les institutions de la Ve République », développait avant le premier tour Danielle Simonnet, oratrice nationale et candidate dans la 6e circonscription de Paris.

« Il y a une démobilisation du camp qui a perdu »

Sur le terrain, les militants font le même constat et décrivent une ambiance « très différente de la présidentielle ». L’élection d’Emmanuel Macron a eu « un effet démobilisateur pour beaucoup de gens, notamment dans les milieux populaires », a estimé dimanche sur franceinfo Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon.

« Les gens ne veulent plus entendre parler de politique. Ce n’est pas de la répulsion pour Jean-Luc Mélenchon, mais une forme de découragement. Les gens disent : ‘il faut voir ce que Macron va donner’ », observe Enguerrand, 21 ans, militant dans la 2e circonscription du Val-de-Marne.

« Il y a moins d’enthousiasme, on a plus de militants sur le terrain mais un moins bon accueil. Des gens qui ont voté Mélenchon nous disent qu’ils votent Macron sinon le pays sera ingouvernable », abonde Laurent, 44 ans, en campagne à Reims (Marne), après avoir dénoncé le « Mélenchon bashing » de certains médias.

S’il ne cadre pas avec le discours optimiste de la campagne de La France insoumise, cet effet « n’est pas une surprise » pour Fabien Escalona, chercheur à l’université libre de Bruxelles et analyste pour Mediapart. « C’est l’effet de souffle qui s’est toujours observé depuis 2002. Il y a un effet légitimiste pour le président et une démobilisation du camp qui a perdu », résume-t-il.

Ce docteur en sciences politiques relève également un « rééquilibrage après la captation du vote socialiste » pendant la présidentielle: « Le vote utile [qui avait profité à gauche à Jean-Luc Mélenchon] a beaucoup moins de sens dans une situation éclatée en 577 circonscriptions ».

« Une logique de terre brûlée »

A gauche, certains ont une autre explication à la contre-performance de La France insoumise. A la tête d’une majorité qui mêle écologistes et mélenchonistes à Grenoble, le maire de la ville, Eric Piolle, avait voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle.

Mais il n’a pas apprécié la stratégie de ce dernier pour les législatives. « Il avait le pouvoir d’asseoir tout le monde autour de la table, en chef d’orchestre, mais a fait le choix de se comporter comme un caporal de forteresse », regrettait-il le 1er juin dans un entretien à l’AFP, parlant d’une « logique de terre brûlée ».

Contacté par franceinfo quelques jours avant le premier tour, l’édile regrettait l’absence de candidature commune dans sa ville, malgré des discussions entamées « depuis de longs mois ». « L’espace ouvert pendant la présidentielle va se ré-éclater entre les abstentionnistes déçus, les communistes, les écologistes, La France insoumise ou le PS. A de rares exceptions près, cela va nous empêcher de remporter des victoires aux législatives », développait-il, avant de lâcher :

Au Parti communiste, avec lequel les négociations ont capoté, Olivier Dartigolles estime que « la présidentielle rend fou ». « Jean-Luc Mélenchon s’est mal comporté depuis le premier tour de la présidentielle, en abîmant l’espoir et le score qu’on avait obtenu. (…) C’est peut-être un bon tribun, mais il n’est ni Dieu, ni César », dénonce le porte-parole du PCF, en évoquant les insultes – dont ce SMS rageur – et la « violence verbale » du camp insoumis.

Pour lui, le programme d’Emmanuel Macron, « qui va vers le pire », aurait mérité un autre comportement. «Dans une telle période, c’est le dialogue, le respect et la responsabilité qui devraient dominer à gauche. Ces trois cases, Jean-Luc Mélenchon a oublié de les cocher.»

Du côté de La France insoumise, on assume cette stratégie. « Nous sommes dans une démarche citoyenne, on ne peut pas changer le programme et faire des accords de boutiques. Certains l’ont compris et se sont impliqués dans notre démarche, d’autres sont toujours dans une configuration à l’ancienne. (…) Si nous avions brisé cette dynamique citoyenne, je pense qu’on nous en aurait voulu », martèle Danielle Simonnet.

Eric Coquerel, lui, met en avant les quelques candidats extérieurs soutenus par La France insoumise : les écologistes Sergio Coronado et Isabelle Attard, des communistes comme Marie-George Buffet et les sortants qui avaient parrainé Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain ou encore François Ruffin. « Chacun est libre de se présenter. (…) Eric Piolle s’est peut-être laissé intoxiquer par l’atmosphère médiatique qui fait de nous les diviseurs », suppose l’élu francilien.

« Cette stratégie peut se comprendre »

Pour le chercheur Fabien Escalona, cette « stratégie assez raide » de Jean-Luc Mélenchon « peut se comprendre ». « Si vous partez du principe que vous n’avez pas de chance de remporter la majorité, votre intérêt est de solidifier votre mouvement, d’obtenir des financements publics et de ne pas entacher votre image en passant des accords avec d’autres partis. (…) »

« Les ‘Insoumis’ préparent cette image d’irréductibles, qui ne font pas de compromissions », décrypte-t-il. Les législatives sont un rendez-vous crucial pour le financement des partis politiques : chaque voix rapporte en effet 1,42 euro par an, à condition d’avoir obtenu au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions.

D’autres éléments, comme la petite phrase de Jean-Luc Mélenchon contre Bernard Cazeneuve qui se serait « occupé de l’assassinat de Rémi Fraisse », ont pu jouer à la marge. « On nous en parle souvent », reconnaît Laurent, le militant rémois, qui se « désolidarise de ça ».

« Je pense qu’il a un petit peu pété un boulon avec toutes ces critiques, et comme il a le sang chaud, ses mots ont dépassé sa pensée, poursuit-il. Mais il faut se battre sur les idées, pas sur la petite politique. Ce n’est pas pour ça que je suis venu chez les ‘Insoumis’. »

Le militant, que nous avions croisé à Dijon, se souvient que, pendant la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon « ne faisait pas d’attaques personnelles dans ses meetings ».

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