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Comment Les Républicains ont filé vers l’échec

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 juin 2017

François Baroin

Après une campagne présidentielle plombée par les divisions et l’affaire Fillon, Les Républicains se sont montrés incapables de faire entendre leur voix et de contenir la vague En marche !.

Une occasion manquée. Après le fiasco de la présidentielle, marquée par les affaires Fillon, Les Républicains sont passés, cette fois, à côté des élections législatives. Au soir du premier tour, dimanche 11 juin, la droite républicaine (LR-UDI-divers droite) doit se contenter de 21,56% des suffrages, loin derrière les 32,32% obtenus par La République en marche et le MoDem.

Conséquence, selon les projections en sièges réalisées par Ipsos/Sopra Steria, la droite républicaine pourrait espérer entre 70 et 110 députés au soir du second tour, c’est-à-dire moins que les 226 sièges qu’elle occupe actuellement à l’Assemblée.

Un résultat qui révèle une campagne impossible marquée, notamment, par les divisions et les hésitations stratégiques.

Un parti miné par les divisions

Après avoir capté une partie de la gauche lors de la présidentielle, Emmanuel Macron s’est lancé à l’abordage de la droite et de ses électeurs pour les législatives. Une stratégie que le nouveau président a théorisée devant la caméra de l’émission « Envoyé spécial » : « Je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras. »

Etape finale de ce plan, trois personnalités de LR ont rejoint le nouveau gouvernement : Edouard Philippe (Premier ministre), Bruno Le Maire (ministre de l’Economie) et Gérald Darmanin (ministre de l’Action et des Comptes publics). Au-delà de leur poids politique, le signal d’ouverture est envoyé aux électeurs.

La riposte est immédiate du côté des ténors de LR, qui dénoncent des « débauchages » et des choix individuels. « Ils n’ont aucune conviction, ils trahissent pour un bol de soupe… », lance Damien Meslot, maire LR de Belfort et député sortant qui a décidé de ne pas se représenter.

Mais loin d’être anecdotiques, ces entrées au gouvernement déstabilisent la droite et provoquent de fortes divisions entre les tenants d’une ligne d’opposition traditionnelle et ceux qui souhaitent « répondre à la main tendue » du nouveau président, selon l’appel signé, le 17 mai, par 173 élus de droite et du centre.

« Il est peut-être temps aujourd’hui (…) de se dire que face aux deux grands combats qui sont à gagner, qui sont la guerre contre le terrorisme, la guerre contre le chômage, il faut que nous nous inscrivions de manière positive et constructive », a ainsi réagi dimanche soir Christian Estrosi. Résultat, les Républicains ont de plus en plus de mal à incarner ce grand parti censé créer de l’unité entre les droites françaises.

« On voit bien qu’il y a de plus en plus de clivages au sein de notre famille, qui n’arrive plus à faire cohabiter les différentes sensibilités », note ainsi le député sortant LR Franck Riester, signataire de l’appel et proche de Bruno Le Maire. L’ancien secrétaire d’Etat Frédéric Lefebvre a pour sa part annoncé, jeudi 8 juin, sur franceinfo, son départ de LR. « 

Une stratégie fluctuante au fil de la campagne

Les divisions ont entraîné des hésitations dans le camp LR sur la stratégie à adopter pour la campagne des législatives.

« Au départ, on a eu un très mauvais positionnement tactique, avec cette idée de vouloir imposer une cohabitation à Macron, avec Baroin en Premier ministre, puis on a modifié le discours quand on a compris que la position d’opposition systématique n’était plus audible pour les électeurs », analyse Franck Riester.

« Les choses sont maintenant claires », assure le député LR Daniel Fasquelle, joint par franceinfo. Le maire du Touquet assure que l’ensemble des Républicains souhaitent désormais se montrer constructifs. Les derniers jours de campagne des Républicains ont révélé que tous les choix stratégiques n’étaient pas tranchés.

Ainsi, quand François Baroin a réactivé l’idée du « front républicain » face au Front national pour le second tour des législatives, des voix dissonantes se sont fait entendre. « Ce sujet n’a aucun sens aujourd’hui ! Il est prématuré d’évoquer cette question, qui ne devra être posée qu’au soir du premier tour… », s’agace ainsi Jean-François Copé, interrogé par Le Monde.

Une absence de capitaine pour tenir la barre

Le départ de François Fillon, grand perdant de la présidentielle, a laissé les troupes orphelines et il a fallu combler le vide. Officiellement, François Baroin a été chargé de conduire la campagne des législatives, mais il n’est pas parvenu à garder l’unité des troupes.

« Je pense que deux droites peuvent coexister au sein de LR, mais pour cela, il faut un chef, estime le député sortant du Nord Thierry Lazaro. Baroin joue le rôle du sapeur-pompier, mais le contexte n’est pas facile ».

« Jusqu’à Nicolas Sarkozy, notre leader s’est imposé naturellement. Après la défaite de 2012, la droite a choisi la voie de la primaire pour désigner son chef. Avec le recul, je considère que cela nous a affaiblis. La primaire nous a tués », analyse pour sa part François Baroin dans Paris Match. La défaite qui se profile aux législatives risque de relancer la question du leadership.

François Baroin ne veut pas prendre la tête du parti. Du coup, deux hommes tentent de se détacher pour la bataille à venir : Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes proche du mouvement Sens commun et partisan d’une « droite dure », et Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France et favorable à une droite plus modérée.

« La question du leadership est loin d’être réglée. Une fracture peut intervenir au lendemain des législatives, entre ceux qui vont soutenir Macron et ceux qui voudront s’y opposer pour exister politiquement », estime Philippe Braud, enseignant-chercheur associé au Cevipof.

Un programme qui ne fait pas la différence

Après la présidentielle, Les Républicains ont choisi d’amender le programme de François Fillon pour les élections législatives. « On perd la présidentielle sur un programme, c’est quand même logique d’en changer », argumente Damien Meslot. « Si [le projet de François Fillon] avait été le meilleur, il nous aurait permis de franchir le premier tour de la présidentielle », ajoute François Baroin dans Paris Match.

Mais le nouveau programme adouci de LR a pour conséquence de brouiller les cartes pour les électeurs. « De l’extérieur, il est très difficile de distinguer le programme de LR des intentions d’En marche !, note ainsi le politologue Philippe Braud. Ils ont voulu atténuer le programme de François Fillon, jugé trop brutal, mais du coup, ils se rapprochent encore un peu plus de Macron. »

Les ténors LR tentent depuis de marteler les points de programme qui les distinguent du parti du nouveau président, essentiellement sur la fiscalité. « Les Français doivent savoir qu’En Marche veut un choc fiscal d’un niveau équivalent à celui que François Hollande a imposé aux classes moyennes », a martelé François Baroin au soir du premier tour.

« Contrairement à Macron, on veut baisser l’impôt sur le revenu de 10%,supprimer totalement l’ISF ou encore rétablir les heures supplémentaires », détaille ainsi Damien Meslot. Mais le maire de Belfort reconnaît que le message a du mal à passer sur le terrain : « On sent un certain désintérêt des gens pour les élections législatives après une année consacrée aux primaires, puis à la présidentielle. »

Un combat perdu d’avance face à la dynamique Macron

Les Républicains ont fait des erreurs, mais même s’ils avaient réalisé la meilleure campagne du monde, difficile d’affirmer qu’ils auraient pour autant évité la défaite. Les électeurs souhaitent donner une majorité au président élu, dans la logique des institutions de la Ve République.

De nombreux députés confirment qu’ils entendent sur le terrain des électeurs souhaitant donner sa chance au nouveau président. « Macron risque d’avoir une majorité. Les gens se disent : ‘On ne sait plus où on en est mais on va essayer ça’ », témoigne le député sortant du Nord Thierry Lazaro.

« Les élections législatives se situent toujours dans l’ombre de la victoire d’un homme » , confirme à franceinfo le chercheur Philippe Braud. La perte d’influence des partis traditionnels, le positionnement « ni gauche, ni droite » d’Emmanuel Macron et les débuts réussis du nouveau président ont aussi accentué la vague macroniste.

Reste à savoir si LR va parvenir à redresser la barre pour le second tour afin d’obtenir un groupe suffisamment conséquent pour peser dans l’opposition.

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Publié dans Législatives, Politique | Commentaires fermés

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