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La France est-elle vraiment «à la merci des marchés financiers» ?

Posté par Les Blogueurs Associés le 6 juillet 2017

Gérald Darmanin

Le gouvernement a énormément sensibilisé l’opinion publique sur un risque de hausse des taux d’intérêt de la dette pour justifier son sérieux budgétaire. Si ce risque existe, il est davantage dû aux grandes banques centrales qu’à la politique économique de la France.

C’est un argument massue utilisé par le gouvernement pour justifier les efforts à venir: la France risquerait soudainement d’emprunter plus cher sur les marchés financiers si les investisseurs ne lui faisaient plus confiance.

Vendredi 30 juin, le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin prévenait ainsi que « si les taux d’intérêt (de la dette NDLR) augmentent d’un point, cela représente deux milliards d’euros soit 233 médiathèques ou 200 écoles », fait-il valoir.

Mardi, le Premier ministre Edouard Philippe a lui aussi joué les Cassandre lors de son discours de politique générale. Il a assuré que la dette de la France, de 2147 milliards d’euros, « nous met à la merci des marchés financiers dont les fluctuations décident de plus en plus de notre avenir ».

« Si les taux d’intérêt augmentaient d’un point, et ils augmenteront un jour, c’est l’équivalent du budget de l’enseignement supérieur qui partirait en fumée », menaçait-il.

Des taux de plus en plus bas

Des propos alarmistes pour faire comprendre à l’opinion publique pourquoi il est important de rentrer dans les clous des 3% du PIB de déficit. Cette rhétorique n’est d’ailleurs pas si éloignée du fameux « je suis à la tête d’un État en faillite » de François Fillon.

Néanmoins, il semble peu probable que les taux d’intérêt de la France augmentent de 1 point. « Chaque année le Parlement nous demande de travailler sur des scénarios dont celui-ci. Mais il s’agit d’une simple hypothèse de travail. Personne ne pense sérieusement que les taux vont remonter d’un point », explique Patrick Jacq, stratégiste obligataire chez BNP Paribas.

À l’heure actuelle, la France emprunte à un taux extrêmement bas sur sa dette à 10 ans, à 0,829%. Pour donner un ordre d’idées, fin 2011, le ministre des Finances de l’époque, François Baroin, évoquait déjà « des records historiquement bas » alors que ce même taux à 10 ans était à 3,5%.

Une belle signature

La France a beau avoir vu sa note crédit dégradée à plusieurs reprises par les agences de notation, et manqué à répétition ses objectifs de déficit, elle n’est pas dans les viseurs des marchés. Une façon d’évaluer le sentiment qu’ont les investisseurs de la solidité de la dette d’un pays est de regarder l’écart avec l’Allemagne, pays jugé comme la référence en la matière.

« L’écart de taux à 10 ans entre la France et l’Allemagne est de 35 points de base (0,35% NDLR) ce qui est faible. Cela signifie que si la signature de l’Allemagne est considérée comme la meilleure, celle de la France est très bonne. Dans les taux français il n’y a donc pas le risque que la dette se détériore sensiblement », détaille Patrick Jacq.

Cela ne veut pas dire que les taux n’augmenteront pas. Au contraire, une hausse est attendue, mais pour tous les pays et pas seulement la France. Les taux d’emprunts sont très sensibles aux évolutions de politique monétaire. Or la Réserve fédérale américaine (Fed) devrait prochainement poursuivre son resserrement.

Et du côté de la Banque centrale européenne, des annonces sont également attendues en ce sens. Au final, Patrick Jacq table sur une hausse modeste des taux français à 10 ans d’ici à la fin de l’année à 1,10%, une augmentation « loin d’être insupportable ».

Une dette détenue par les étrangers

Faut-il pour autant donner tort à Edouard Philippe et Gérald Darmanin? Pas forcément. « La dette française est détenue en majorité par des investisseurs étrangers (à 57,7% à fin mars, NDLR) c’est en ce sens que le gouvernement dit que la sensibilité à la dette est importante.

On est en effet beaucoup plus sensible aux hausses de taux lorsque la dette n’est pas détenue par des acteurs domestiques, comme au Japon. Et il est important que les investisseurs étrangers aient une perception particulièrement bonne de nos finances publiques », développe Patrick Jacq.

Toutefois, il n’est pas sûr que la politique économique joue énormément. Jean-Christophe Marchado, stratégiste taux chez Natixis en doute. « Je ne pense pas que les investisseurs japonais, par exemple, regardent tant que cela la gestion des finances publiques. Surtout vu leurs réactions après l’élection présidentielle: ils sont revenus directement sur la dette française sans trop se poser de question ».

« Toutes choses égales par ailleurs, si la France n’atteignait pas son objectif (passer sous les 3% de déficit, NDLR) je ne suis pas sûr que les gens s’alarmeraient. Et on ne serait clairement pas au bord du cataclysme », relativise-t-il.

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