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Muriel Penicaud: une ancienne DRH au Ministère du Travail

Posté par Les Blogueurs Associés le 18 mai 2017

Muriel Pénicaud

Emmanuel Macron, le chef de l’État, est un libéral ; il l’a démontré avec la loi adoptée en juillet 2015, qui porte son nom. Libéral et social peut-être, mais libéral quand même. Edouard Philippe, son Premier ministre, est un homme de droite: il l’a revendiqué à la passation de pouvoir, le 15 mai dans la cour de Matignon.

Au diable les étiquettes puisque la République en marche, le mouvement du Président, veut débloquer la vie politique en s’affranchissant des vieux clivages. Malgré tout, à la tête de l’exécutif, le social-libéralisme porte à droite. Pour réformer sans délai, contrairement à son prédécesseur, il compte agir par ordonnances, comme l’autorise la Constitution de la Ve République.

Certes, «la situation est unique», a commenté son Premier ministre au lendemain de sa nomination, pour justifier les décisions politiques qui trancheront avec les pratiques passées. Mais l’innovation ne doit pas virer à l’improvisation, encore moins à la provocation.

Vers une loi Travail bis

Parmi les sujets sur lesquels le nouveau Président compte agir sans délai, figure une nouvelle réforme du Code du travail avec pour objectif une décentralisation plus poussée des négociations sociales. C’est la première tâche qui incombera à Muriel Penicaud, qui, dès son arrivée au gouvernement comme ministre du Travail, hérite d’un dossier dégoupillé qui ne demande qu’à exploser.

Ancienne DRH de Danone, la «VRP de la France auprès des investisseurs étrangers» à l’agence publique Business France, Murielle Penicaud doit suivre la feuille de route clairement affichée.

Elle consiste à faire ces fameuses ordonnances à l’été, pour aller plus loin que la loi Travail adoptée l’an dernier, afin que le droit favorise une plus grande flexibilité dans les entreprises, notamment dans l’inversion de la hiérarchie des normes introduite par cette loi.

C’est-à-dire en permettant aux accords d’entreprise de déroger à la loi.

Myriam El Khomri, ministre du Travail du gouvernement de Manuel Valls, déclencha une explosion de colère il n’y a pas plus d’un an lorsqu’elle porta cette loi, obligeant ce-dernier à passer en force à l’Assemblée nationale par le recours à l’article 49.3 de la Constitution.

C’est cette loi qui fut à l’origine du phénomène Nuit debout. Toutefois, le champ couvert par ce texte est limité au temps de travail. Mais Emmanuel Macron n’en a cure: il veut aller plus loin. Son projet vise à étendre cette inversion de la hiérarchie à d’autres aspects de la vie en entreprise, comme les salaires. Provocation ?

Cette loi Travail induit déjà une véritable révolution pour les syndicats. Dans un pays où seulement un peu plus de 8,5% des salariés du secteur privé adhèrent à un syndicat (et 19,4% dans le secteur public), renvoyer la négociation sociale au niveau du terrain implique, pour les syndicats, de développer leur action au sein des entreprises et notamment des PME.

Alors qu’ils sont surtout présents aujourd’hui dans les grandes entreprises, l’administration et au niveau des branches professionnelles. C’est pourquoi cette loi avait déclenché une virulente levée de boucliers syndicale, surtout à la CGT et FO, mais pas à la CFDT qui avait joué le jeu de la décentralisation.

Vers une réduction du chômage ?

Or, cette loi a été promulguée le 9 août 2016, il y a seulement neuf mois. Autant dire que les syndicats n’ont pas eu encore le temps de s’adapter à la nouvelle donne. Et voilà que le nouvel exécutif veut ressortir le même chiffon rouge, en plus grand, avant même que la précédente réforme soit digérée et assimilée.

Cette précipitation pour approfondir la flexibilité pourrait relancer les manifestations et ouvrir un nouveau conflit entre le nouveau gouvernement et les syndicats. Surtout si le dialogue social devait tourner court. D’autant que les avis divergent sur les dispositions à prendre.

Voulant évaluer les effets des leviers réglementaires pour favoriser l’emploi dans le cadre de ses missions d’anticipation pour la période 2017-2027, le comité de réflexion France Stratégie pose surtout des questions sur les conséquences d’une modification du temps de travail, du contrat de travail ou du dialogue social.

Ses travaux furent pourtant orchestrés par Jean-Pisani-Ferry, commissaire général jusqu’en janvier dernier et proche d’Emmanuel Macron au sein d’En marche!. Quant aux économistes en général, ils s’affrontent pour déterminer si l’actuelle loi Travail est de nature ou non à réduire le chômage.

Pas d’unanimité sur le sujet. En outre, les avancées en matière de flexibilité n’ont pas fait preuve jusqu’à présent de beaucoup d’efficacité pour mettre fin aux licenciements et relancer les embauches, comme le démontre la progression du nombre de demandeurs d’emploi pendant le quinquennat de François Hollande.

Certes, dans le projet du candidat Macron, certaines règles fondamentales du droit du travail français, comme le salaire minimum et la durée légale du travail demeureraient du domaine de la loi. Malgré tout, même la CFDT qui avait accompagné la deuxième mouture de la loi Travail, met en garde.

«Nous croyons au renforcement du dialogue social dans l’entreprise, mais pas dans n’importe quelle conditions. (…) Si Emmanuel Macron veut passer à la hussarde, ça ne marchera pas», prévient Laurent Berger à la tête de la centrale, appelant à la concertation pour regarder sujet par sujet ce qui relève de la négociation d’entreprise.

Cerise sur le gâteau, le projet prêté à la réforme de donner aux chefs d’entreprise la possibilité de consulter directement les salariés par référendum –ce qui consisterait à contourner les syndicats– ne peut qu’attiser les tensions.

Le parapluie des acquis sociaux se referme

«Il faut assumer davantage de flexibilité, je n’ai pas peur du mot, pour adapter notre droit du travail aux mutations en cours», avait déclaré Emmanuel Macron au journal Les Echos avant d’accéder à l’Elysée.

Mais, gare à l’atterrissage, si en refermant le parapluie des acquis sociaux, on n’élargit pas en même temps le parachute pour les salariés qui seront poussés hors de l’entreprise par cette nouvelle flexibilité. Or, les propositions semblent assez déséquilibrées.

D’un côté, en plus de la flexibilité, Emmanuel Macron promet une réforme de l’assurance chômage qui sera étendue mais plus contraignante. Il souhaite aussi réintroduire le plafonnement des dommages et intérêts accordés par les prud’hommes en cas de licenciement.

De l’autre, il promet un accès plus large à la formation pour que les demandeurs d’emploi puissent actualiser leurs connaissances et retrouver plus facilement un emploi, en consacrant 15 milliards d’euros supplémentaires (notamment pour les jeunes et les chômeurs de longue durée) afin d’améliorer l’employabilité de chacun.

On aimerait mieux pouvoir évaluer cet équilibre entre flexibilité et employabilité. Car, en ce qui concerne la formation dont personne ne conteste le caractère prioritaire, la problématique n’est pas seulement une question de moyens.

Quel parachute ?

La dépense nationale pour la formation professionnelle continue et l’apprentissage atteint déjà 32 milliards d’euros, relève le ministère du Travail. Mais le système actuel est jugé «excessivement complexe, opaque, impossible à piloter, et ne donne pas aux acteurs les bonnes incitations à développer l’apprentissage là où il est le plus utile socialement», analyse le Conseil d’analyse économique dans une étude de décembre 2014.

Il «aboutit à détourner une partie importante des ressources qui devraient être dévolues à des formations en alternance pour des jeunes peu ou pas diplômés, au profit de formations de l’enseignement supérieur qui se déroulent parfois hors alternance».

Trop d’intervenants, pas assez de coordination, des taxes d’apprentissage affectées à d’autres financements…tous les gouvernements depuis une trentaine d’années, de gauche comme de droite, ont voulu réorganiser et simplifier la formation professionnelle pour une plus grande efficacité.

François Hollande a apporté sa pierre. Mais même si les effets de sa réforme sont jugés plutôt positifs dans un rapport parlementaire de mars 2016, celle-ci n’a pas permis d’enrayer la croissance du nombre de demandeurs d’emploi sur le quinquennat.

Pour les salariés qui sont confrontés à la perte d’un emploi, le parachute n’est pas assez large et ne s’ouvre pas assez vite. L’évaluation, bien sûr, devra être faite sur le long terme. En outre, le nouveau président Macron ne dit pas encore comment il compte améliorer l’efficacité de la formation pour créer un nécessaire équilibre avec la flexibilité du marché du travail.

Or, cet équilibre est un impératif qui ne fut pas respecté lors de la présentation de la loi El Khomri, comme l’a analysé Jacques Attali, un des mentors d’Emmanuel Macron, dans Libération.

Mais, sans cet équilibre, impossible de demander aux salariés d’adhérer à une évolution dont ils seraient les seuls perdants, condamnés avec les licenciements à subir les conséquences de choix stratégiques et économiques dont ils ne sont pas responsables.

Pour Edouard Philippe et l’ancienne DRH Muriel Penicaud dans son dialogue avec une nouvelle génération de leaders syndicaux, telle sera l’erreur à ne pas commettre à nouveau.

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Economie: ce que proposait le candidat Le Maire, ce que devra faire le ministre

Posté par Les Blogueurs Associés le 18 mai 2017

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire s’est finalement recyclé auprès d’En Marche. Plus à droite que le président, le nouveau ministre de l’Economie devra défendre des propositions bien plus modérées que ce qu’il avait proposé lors de sa campagne de la primaire à droite.

Baisse des dépenses publiques, réduction du nombre de fonctionnaires, réforme du Code du travail, hausse de la CSG…Le Maire avait axé sa campagne sur plusieurs mesures économiques fortes. Il risque de finir fort frustré, sous les ordres d’un Macron dont le programme, en comparaison, pourrait presque passer pour de gauche.

Sur la CSG, point majeur du programme macronien pour renforcer le pouvoir d’achat, Le Maire devra ainsi faire l’exact inverse de ce qu’il proposait cet automne. Lui qui prônait une «baisse générale de la CSG […] par souci de justice» devra, à l’inverse, mettre en œuvre une hausse de 1,7 point de la contribution sociale généralisée.

Sur la réduction des dépenses publiques, le ministre alors candidat prévoyait une baisse de 80 à 90 milliards d’euros. La tâche sera moins ardue avec Emmanuel Macron, qui reste dans la continuité de ce qui a été proposé sous Hollande, à savoir une diète de 60 milliards en cinq ans. Soit 30% de moins.

Sur la baisse du nombre de fonctionnaires, Le Maire risque là aussi d’être déçu. Alors qu’il voulait supprimer 500 000 postes, il devra finalement se satisfaire de la suppression de 120 000 emplois.

Celui qui assurait mettre en place une réforme par ordonnance pour repousser à 65 ans l’âge de départ à la retraite devra finalement se contenter du statu quo: son président a prévu de le maintenir à 62 ans. Ils se rejoignent toutefois sur la fin des régimes spéciaux: Macron a prévu d’aligner le public sur le privé.

Concernant l’assurance chômage, Bruno Le Maire voulait carrément privatiser Pôle emploi. Le nouveau président de la République, lui, n’a rien proposé de moins que d’étatiser l’Unédic. Il prévoit aussi d’étendre les droits à l’assurance chômage, mais en suspendant les allocations si le demandeur refuse deux offres d’emploi. Les deux s’accordaient sur les dysfonctionnements du système…pas vraiment sur les moyens d’y remédier.

Ils se rejoignent un peu, en revanche, sur la réforme du travail, puisque Le Maire comptait lui aussi libéraliser le marché du travail grâce à une ordonnance sur le dialogue social, dans laquelle il souhaitait «consacrer la primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche».

Mais sur les 35 heures, Le Maire prévoyait «d’adapter le temps de travail à la compétitivité des entreprises, en sortant du dogme des 35 heures», alors que Macron a promis qu’il ne toucherait pas à la durée légale du temps de travail. Ils pourront toutefois peut-être trouver un terrain d’entente, puisque le président a expliqué que «les horaires effectifs ou l’organisation du travail seront négociés au plus près du terrain», par des accords d’entreprises.

Sur la fiscalité, et alors qu’il souhaitait supprimer l’impôt sur la fortune (ISF), Le Maire devra faire avec la «réforme en profondeur» proposée par Macron. C’est-à-dire avec un ISF réduit à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), qui ne s’appliquera pas aux investissements «dans l’économie réelle», mais continuera d’exister malgré tout.

Macron va plus loin et se droitise par rapport à Le Maire sur un point: la défiscalisation des heures supplémentaires (mise en place sous Sarkozy et supprimée par Hollande), non évoquée par le ministre de l’Economie lors de sa campagne pour la primaire. Les deux pourront toutefois trouver un terrain d’entente sur quelques sujets.

Ils se rejoignent tous les deux sur le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qu’ils veulent remplacer par une baisse de cotisations patronales, et sur le Régime social des indépendants (RSI), qu’ils comptent supprimer.

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Réformes Macron: les patrons, aussi, sont sur leurs gardes

Posté par Les Blogueurs Associés le 17 mai 2017

Réformes Macron

Les syndicats s’inquiètent d’un passage à la hussarde de la part du gouvernement, pour réformer le droit du travail notamment. Pendant ce temps-là, que font les patrons ? Ils se frottent les mains ? Eh bien non.

Car si la nouvelle figure aux commandes de l’Etat n’est pas pour leur déplaire – Emmanuel Macron est quand même le premier président de la République à avoir dit dans son discours d’investiture qu’il entendait libérer l’entreprise -, ils savent que la partie est loin d’être gagnée. Par ailleurs, tout ne leur convient pas, dans ce qui se profile.

« Que le ministre du Travail organise des consultations, demain, avec les partenaires sociaux, avant que des ordonnances soient prises pour réformer le marché du travail, c’est bien, mais si c’est pour s’engager dans une voie de négociations qui n’aboutit à rien, comme on l’a vu avec la loi Travail, cela ne sert à rien. »

Les PME ont peur d’être encore une fois oubliées

La CPME reste globalement amère en ce qui concerne la loi El Khomri. Elle a toujours estimé que les petites entreprises avaient été oubliées. Elle rappelle souvent qu’il est bien beau d’encourager la négociation d’entreprise…quand dans les TPE et PME, dépourvues de représentants du personnel, il est impossible de passer des accords, sauf à passer par le mandatement syndical.

« Les petites entreprises ne sont pas des grandes entreprises en modèle réduit », a-t-elle tenu à rappeler, dans la foulée de la nomination d’Edouard Philippe, attendant dans le gouvernement en formation des profils connectés au terrain. La CPME espère une réglementation en phase avec la taille de ses entreprises.

Elle milite aussi de longue date sur quelques mesures rassurantes, au-delà du plafonnement des indemnités dues par l’employeur en cas de licenciement abusif prévu au programme de Macron. Comme la réduction des délais pendant lesquels un salarié licencié peut se pourvoir aux prud’hommes, ou encore la fin des condamnations de l’employeur pour vice de procédure, quand le licenciement est, sur le fond, de bon droit.

L’U2P n’est pas du tout certaine non plus que son cahier de doléances sera respecté en matière de droit du travail. L’organisation d’artisans et de professions libérales rappelle elle aussi que le plus important sur ce sujet est de « décomplexifier » la norme pour les toutes petites entreprises.

« Il faut créer des règles de base très simples applicables par celles-ci, et ajouter, par-dessus, des spécificités pour les plus grandes entreprises, et non l’inverse », implore Alain Griset, son président.

Assurance chômage: la crainte de ne plus être aux manettes

Du côté du Medef, même si les mots sont doux envers Emmanuel Macron – selon Pierre Gattaz, il aurait jusqu’ici fait « un sans-faute » – pas question de se laisser aller à un enthousiasme béat. « Nous sommes dans une bienveillance mais très vigilants et très exigeants », a indiqué le patron de Radiall le 16 mai.

La méfiance est notamment de mise concernant la réforme de l’assurance-chômage. Certes, après avoir parlé de nationalisation de l’Unedic, les équipes d’Emmanuel Macron ont adouci leur discours, employant plutôt le terme de tripartisme, avec un pilotage du régime par l’Etat.

Reste que le mot laisse place à tous les fantasmes, avec un rôle dévolu aux partenaires sociaux plus ou moins mineur. A ce sujet de la gouvernance s’ajoute celui du financement du régime et même, de sa philosophie générale.

L’universalisation évoquée, avec l’ouverture des droits aux indépendants et aux démissionnaires, ne va-t-elle pas se faire au détriment des salariés perdant leur poste ? Le système est-il voué à embrasser totalement une logique universelle ou va-t-il conserver une part de logique assurantielle ?

Autant de questionnements qui agitent le Medef, lequel ne trouve pas très cohérent que seules les cotisations côté salarié soient supprimées pour être remplacées par l’impôt, tandis que les cotisations patronales demeurent.

Des mesures et un chiffrage qui coincent

Le Medef est par ailleurs toujours radicalement opposé au système de bonus-malus défendu par Emmanuel Macron dans le but de décourager la signature de contrats très courts. Il estime que cela pourrait pénaliser fortement des secteurs comme l’hôtellerie-restauration, où les salariés ne seraient d’ailleurs pas demandeurs de contrats plus longs comme des CDI à temps partiel, satisfaits de percevoir des allocations chômage dans les périodes creuses entre leurs contrats courts.

A la CPME, c’est l’instauration d’une assurance chômage obligatoire pour les indépendants qui coince. « Nous ne sommes pas demandeurs !, s’insurge François Asselin. Les dirigeants ont déjà la faculté de se protéger s’ils le souhaitent, via la GSC. »

A l’U2P, aussi, on s’inquiète du financement de ce nouveau risque chômage. « Si on nous fournit une prestation qui ne nous coûte rien, on est preneurs, résume Alain Griset, le président de l’Union, mais je ne crois pas à l’instauration de ce droit sans hausse de cotisations. Je ne vois pas comment on pourrait financer cette protection avec seulement 1,7 point de CSG. Il manque une donnée dans l’équation. »

Toutes les organisations patronales, sans exception, émettent des doutes sur le chiffrage des équipes Macron. Et réclament rapidement des éclaircissements.

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Emmanuel Macron a des privatisations dans ses cartons

Posté par Les Blogueurs Associés le 10 mai 2017

Emmanuel Macron

S’il y a un domaine qu’Emmanuel Macron connaît bien ce sont les participations de l’État dans les entreprises. Le futur président de la République les avait scrutées comme banquier chez Rothschild avant de les gérer lorsqu’il était ministre de l’Économie.

Lors de son arrivée à Bercy, à l’automne 2014, il avait annoncé la cession de 10 milliards d’euros d’actifs publics. Il a notamment privatisé les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice pour 2 milliards et vendu ses 13% dans Peugeot à la Banque publique d’investissement (BPI) pour près de 2 milliards.

Enfin, il a vendu pour 2 milliards d’euros d’actions Safran et s’est également allégé dans Engie et Orange.

Mais surtout, Emmanuel Macron a validé les investissements de 7,5 milliards d’euros pour recapitaliser EDF et Areva. Il avait aussi investi 1 milliard d’euros pour monter au capital de Renault. Une participation de 4,9% qu’il avait promis de revendre, ce qui n’a toujours pas été fait.

Les privatisations

Des privatisations, il y a en aura peu car l’État contrôle peu d’entreprises publiques. Exit les tabous comme La Poste, SNCF, la RATP, EDF ou Areva. En revanche, après avoir privatisé les aéroports de province, nul doute que le président de la République engagera la privatisation de Paris Aéroport dont l’État détient 51%.

Selon plusieurs sources, il avait déjà étudié ce projet en 2015. Il avait tenté de l’introduire dans la « loi Macron » car l’opération nécessite un changement d’ordre législatif. Finalement, le Premier ministre Manuel Valls s’y était opposé. Au sein du groupe qui gère Roissy et Orly, on s’attend sans nul doute à ce que cette opération soit menée durant le quinquennat.

Autre sujet qui arrivera vite : DCNS. L’État contrôle 63% du constructeur naval aux côtés de Thales. Son patron Hervé Guillou milite depuis un an pour un rapprochement avec l’italien Fincantieri, avec qui il vient d’entrer au capital des chantiers de Saint-Nazaire.

Selon nos informations, Emmanuel Macron était favorable à cette opération qui pourrait permettre à l’État de descendre au capital, peut-être sous le seuil majoritaire de 50%. Bercy avait d’ailleurs étudié cette option en fin d’année dernière. Le patron de DCNS remettra le sujet sur la table dans les prochains mois.

Enfin, la privatisation de la FDJ (Française des Jeux) est un serpent de mer qui reviendra nécessairement. Cette opération est régulièrement évoquée depuis près de dix ans ! Emmanuel Macron et son administration, l’Agence des participations de l’État (APE) l’avaient envisagée fin 2014, lorsqu’il était ministre de l’Économie. Mais il s’était heurté à un blocage sévère de Christian Eckert, le secrétaire d’État au Budget. En tant que percepteur de taxes, la FDJ est en effet sous sa tutelle.

Ventes de participations

Ministre, Emmanuel Macron prévoyait aussi d’utiliser la loi Florange pour vendre des participations de l’État tout en maintenant son influence dans les entreprises grâce aux droits de vote double. C’est notamment le cas chez Engie dont l’État détient 29%. Il pourrait descendre jusqu’à 20% du capital tout en conservant ses pouvoirs actuels.

Emmanuel Macron a toujours déclaré qu’il considérait que l’État était trop investi dans le secteur de l’énergie, d’autant plus depuis les sauvetages d’EDF et d’Areva. La participation dans Engie diminuera donc inévitablement durant le quinquennat.

Il envisageait aussi de le faire chez Orange où l’État et la Banque Publique d’Investissement (BPI) détiennent ensemble 23%. Il pourrait vendre jusqu’à 3% du capital sans perdre la minorité de blocage en assemblée générale. La perspective d’un rapprochement avec Bouygues, envisagé à deux reprises en deux ans, pourrait le pousser à attendre.

Même si Emmanuel Macron a toujours compté sur le rôle de l’État en tant que régulateur pour peser sur le secteur des télécoms. Ce qui pourrait lui permettre de vendre encore un peu plus d’actions détenu par l’État.

Dans les secteurs réglementés comme l’énergie, les télécoms, ou dans les infrastructures, la doctrine « macronienne » est claire : l’État n’a pas besoin de conserver d’importantes participations dans les entreprises. Il peut y exercer son influence à travers la régulation et la règlementation. C’était notamment dans cette optique qu’il avait mis en place l’autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer).

Arbitrages politiques

Alstom est le premier dossier industriel qu’Emmanuel Macron devra trancher. Suite au rachat par General Electric de la division énergie en 2014, l’État a emprunté 20% du capital d’Alstom détenu par Bouygues. En octobre prochain, il devra décider s’il rachète ses titres ou s’il les rend à son actionnaire historique.

Lorsqu’il était à Bercy, Emmanuel Macron ne faisait pas mystère que cette situation avait été décidée par son prédécesseur Arnaud Montebourg et qu’il n’y était pas favorable. Peu de chance qu’il choisisse de dépenser 1,3 milliard d’euros pour rester dans une entreprise qui se porte bien.

Pas sûr pour autant qu’il acte d’une sortie totale d’un fleuron industriel qui risquerait d’être racheté par un groupe étranger. Peut-être mettra-t-il en œuvre sa doctrine favorite, la loi Florange ? Elle permet l’attribution de droits de vote double pour les actionnaires de long terme, donc l’État. Emmanuel Macron avait imposé au groupe Bouygues d’appliquer cette disposition chez Alstom.

Surement pour en profiter plus tard. L’État pourrait ainsi racheter seulement 10% du groupe pour maintenir son représentant au conseil d’administration. Si ses promesses de ministre l’engagent à l’Élysée, Emmanuel Macron devrait aussi revendre La participation de l’État dans Renault.

Bercy promet que ce sera fait comme il l’a promis à Nissan, l’autre grand actionnaire du constructeur français. Pourtant, cela traîne depuis un an et demi. Seul problème : les titres ont été acquis à un cours élevé, en avril 2015: autour de 90 euros. « Nous avons eu trois fois l’occasion de revendre avec une plus-value, nous confiait récemment une source à Bercy ».

« Mais comme l’État siège au conseil d’administration, nous ne pouvons pas vendre quand nous le souhaitons. C’est très réglementé ». Ces trois « fenêtres » correspondaient à des périodes précédant des conseil d’administration pendant lesquelles l’État ne pouvaient pas vendre ses titres. Et quand il le pouvait, le cours de Bourse de Renault avait à nouveau baissé.

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