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De Macron à Juncker, quel manque d’audace pour la Catalogne

Posté par Les Blogueurs Associés le 10 octobre 2017

De Macron à Juncker

Pourquoi laisser Catalans et Espagnols s’enferrer dans une situation de pré-guerre civile alors que les dirigeants de l’UE sont bien placés pour connaître la part de populisme de ce déni de légitimité démocratique ?

En septembre, après les discours d’Emmanuel Macron sur la Pnyx à Athènes et à la Sorbonne à Paris, la construction européenne était sur le point d’être relancée. Début octobre, pourtant, face à la crise hispano-catalane, quel classicisme et quel immobilisme !

L’Union européenne a bâti la notoriété de sa «marque» sur sa capacité à promouvoir dans l’espace mondial la résolution des différends par l’innovation juridique et le dialogue politique. A telle enseigne que le prix Nobel de la paix lui a été remis en 2012.

Qu’est-ce qui peut donc bien justifier que les 27 partenaires de l’Espagne au sein de l’UE déclarent dans un bel ensemble qu’ils n’ont pas à se mêler de la crise catalane ? Avec la construction européenne, les Européens inventent depuis soixante-dix ans un processus inédit de mutualisation des politiques publiques et des territoires nationaux.

En inventant l’UE, et avant elle la CEE, les Etats-nations sont devenus des Etats-membres d’une entité territoriale non pas post-nationale, mais post-nationaliste. La souveraineté, réputée indivisible depuis Jean Bodin, magnifiée par le concert européen des nations du XIXe siècle, est devenue, avec l’UE, divisible et mutualisable.

La monnaie, attribut par excellence de la souveraineté régalienne, est mutualisée. La régulation de la circulation des hommes comme des biens matériels et immatériels, apanage emblématique de l’Etat territorial puis de l’Etat-nation, a été mutualisée. Et voilà que les dirigeants européens entonnent le vieux refrain, pré-traité de Rome, pré-9 mai 1950, et westphalien, de charbonnier est maître chez soi !

Déni de légitimité démocratique

Depuis l’adoption en douce du Traité constitutionnel européen, rejeté en 2005 puis ravalé en traité de Lisbonne, les dirigeants de l’UE sont pourtant bien placés pour connaître le prix populiste du déni de légitimité démocratique.

Ils devraient être conscients que leurs peuples et le monde les regardent et les jaugent à l’aune de leur capacité à faire prospérer et prolonger ce paradigme moderne d’une souveraineté et d’une territorialité mutualisées. Cela vaut à tous les échelons : celui des Etats-locaux, celui des Etats-nations et celui de l’UE, seul méta-Etat supranational.

L’UE, en matière de souveraineté et de territorialité, c’est déjà le nouveau monde ! Le savoir-faire accumulé est immense : 6 puis 28 Etats-nations y sont parvenus ensemble. Et donc, ces 27 orfèvres en la matière, avec leur Conseil, leur Commission et leur Parlement européens, n’envisageraient pas d’offrir leur expérience et leur compétence collectives au 28e, l’un des leurs, l’Espagne ?

D’autant plus que, celle-ci étant pionnière depuis près de cinquante ans en matière d’autonomisme et d’orchestration des échelles de souveraineté, il n’y a aucune bonne raison de laisser Catalans et Espagnols s’enferrer dans une situation de pré-guerre civile où tous sont perdants.

En parlant sur la crise catalane la langue de 1815, les dirigeants européens, dont Macron, ruinent d’emblée leur crédibilité à relancer l’UE et à résoudre les problèmes du XXIe siècle.

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Publié dans Espagne, Europe, Politique | Commentaires fermés

Indépendance de la Catalogne : ce mardi, à 18 heures, l’heure du choix

Posté par Les Blogueurs Associés le 10 octobre 2017

Barcelone

Carles Puigdemont, le président séparatiste de la région, prononce un discours crucial sur le choix ou non de l’indépendance, ce mardi soir, devant le parlement catalan. Après d’importantes manifestations des partisans mais aussi des opposants à l’indépendance de la Catalogne, une seule question demeure.

Carles Puigdemont, le président séparatiste de cette région de 7,5 millions d’habitants, l’une des plus riches du pays, va-t-il déclarer unilatéralement l’indépendance de la région dans son discours devant le parlement catalan, ce mardi à 18 heures ? Les autorités s’attendent à une journée de fortes tensions.

Les Mossos, la police locale, annoncaient ce mardi matin que le parc qui entoure le parlement sera fermé au public toute la journée. Entre les surenchères politiques et les intérêts économiques, les camps qui s’opposent semblent irréconciliables. Les questions de fond demeurent, à tel point que les catalans sont partagés presque à parts égales sur cette sécession.

Carles Puigdemont avait demandé à l’issue du référendum une médiation de l’Union Européenne pour pouvoir se donner un peu de temps. Il se retrouve dans une sorte d’impasse depuis l’absence de réponse de Bruxelles. Ne pas déclarer l’indépendance de la Catalogne serait aller contre la rue, les résultats du référendum…Une solution inenvisageable.

Mais en déclarant «Visca Catalunya lliure !» (Vive la Catalogne libre !), l’ancien journaliste de 54 ans, indépendantiste depuis son plus jeune âge, sait aussi qu’il jouerait très gros. Cette rupture annoncée face au pouvoir central de Madrid pourrait en effet se retourner contre lui.

L’indépendance déclarée, entraînerait une rupture non seulement avec Madrid mais aussi avec des financements de l’Union Européenne. Même s’il s’agit d’une région riche, c’est aussi l’une des plus endettées, avec une dette publique pesant 35,2% de son PIB (75,4 milliards d’euros fin mars), qui l’oblige à puiser régulièrement des liquidités dans un fonds spécial de l’Etat espagnol. L’indépendance aurait aussi des conséquences financières au quotidien: écoles, santé, police.

Le risque d’une mise sous tutelle

En outre, en optant pour la déclaration d’indépendance, Carles Puigdemont risque la prison. La réplique de Madrid pourrait entraîner une situation inverse à celle recherchée. Le gouvernement pourrait placer la Catalogne sous tutelle grâce à des mesures figurant dans la constitution. En déclarant un état d’urgence partiel, Madrid pourrait alors agir par décrets.

Depuis quelques jours, des voix se sont élevées, y compris en Catalogne, pour renoncer à cette déclaration d’indépendance. Elles viennent notamment des milieux économiques, certaines institutions bancaires ayant déjà fait leurs valises, mais aussi du leader socialiste Pedro Sanchez, opposant à Mariano Rajoy, ou encore de la maire de Barcelone, Ada Colau, véritable figure politique catalane.

Dans ces conditions, Carles Puigdemont, pourrait s’en tenir à une déclaration d’indépendance purement symbolique ou à un simple appel à de nouvelles élections régionales. Un bras de fer pourrait tourner à l’avantage du gouvernement de Mariano Rajoy, et les partisans de l’indépendance se démobiliser.

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