Livraison: l’incroyable branle-bas de combat des transporteurs avant Noël

Posté par Les Blogueurs Associés le 13 décembre 2017

Le e-commerce

Avec la montée en puissance du e-commerce, la période de Noël s’annonce (très) intense pour le secteur de la livraison. Les transporteurs sont en ordre de bataille. Reportage dans le hub européen de FedEx à Paris-Charles de Gaulle.

Provenance: Taiwan. Destination: Milan. Un colis parmi des centaines et des centaines qui défilent sur les tapis roulants, dans une valse incessante de paquets. Il est 19h ce 6 décembre, et au hub européen de FedEx à Paris-Charles de Gaulle, l’activité bat son plein.

Il faut dire qu’à quelques semaines de Noël, le travail s’intensifie et que ce hub est le plus grand du transporteur en dehors des États-Unis: ouvert en 1999, il compte désormais plus de 2.000 salariés, s’étend sur 45 hectares et a la capacité de trier jusqu’à 31.500 colis par heure, un nombre qui devrait atteindre 51.000 colis triés par heure en 2019 avec l’extension du hub en cours.

« De 17h à 22h, nous avons une première fenêtre de tri », explique Julien Ducoup, directeur général des opérations du hub FedEx de Paris CDG. « C’est un flux intercontinental. Nous gérons les colis en provenance des États-Unis et d’Asie pour l’Europe et ceux venant d’Europe pour les États-Unis. De 23h à 4h du matin, c’est une deuxième fenêtre: ce sont les colis intraeuropéens ou à destination de l’Asie. »

Déchargement des avions, tri des colis, chargement des conteneurs, dont les formes épousent celle de l’avion correspondant, avant le décollage vers sa destination. Le trajet du colis est réglé, l’organisation efficace. Un bâtiment pour les produits dangereux (comme les parfums dont les envois augmentent justement avec la période de Noël), un autre pour le fret lourd, un troisième pour les colis standards et les documents.

Et pour ce tri qui reste manuel, rien n’est laissé de côté. « Une étiquette avec un code indique la marche à suivre: le flux est d’abord divisé en 4. Il suffit de mettre le colis sur le tapis roulant correspondant: A, B, C ou D » décrit Julien Ducoup remontant à pied les fameux tapis roulants -on en compte 7 kilomètres dans le hub- en saluant chaque employé.

Chacun de ces flux est ensuite encore divisé. Au final, le flux d’entrée aura été divisé en 10 de façon à ce que chaque colis rejoigne l’une des 15 positions de chargement. Autant de combinaisons possibles qui permettent de desservir 150 destinations.

Près de 400 millions de colis pour Noël

Un système rodé indispensable pour faire face au pic d’activité de la période de Noël. « On l’appelle la Peak Season »n explique Julien Ducoup qui s’attend à voir défiler de 380 à 400 millions de colis entre fin novembre et Noël sur le réseau mondial. Rien d’étonnant à cette hausse d’activité puisque la Fevad, la fédération du e-commerce et de la vente à distance estime que 7 internautes sur 10, soit 31,8 millions de Français, devraient acheter leurs cadeaux, une partie du moins, en ligne.

Autant de colis en perspective. « 20% du chiffre d’affaires de l’année des e-commerçants se fait sur la période novembre-décembre » ,confirme d’ailleurs Magali Revol, directrice associée du cabinet de conseil en management et organisation Oresys, en charge de l’activité supply chain.

Le pic d’activité pour les e-commerçants et par ricochet pour les transporteurs est indéniable. « Amazon indique qu’en période de Noël, depuis ses entrepôts en France, un camion part toutes les 2 minutes 30. Un autre transporteur m’indiquait réaliser de 3.000 à 3.200 tournées par jour en temps normal et que ce chiffre grimpe à 4.000 tournées par jour en fin d’année », poursuit Magali Revol.

Face à cette hausse d’activité, une des parades reste l’embauche de main d’œuvre supplémentaire selon elle. Amazon avait ainsi annoncé début novembre recruter 7.500 intérimaires pour Noël dans ses cinq entrepôts en France.

DHL Express compte, lui, sur 400 emplois saisonniers en renfort, en plus des trois liaisons aériennes supplémentaires chaque jour, pour faire face à l’afflux d’activité: le transporteur s’attend à 3,5 millions de colis en France sur le mois de décembre, soit +30% d’activité par rapport au reste de l’année.

Mobilisation du personnel administratif

Et Magali Revol de rappeler une étude Prism’emploi qui indique que ce sont 39.200 emplois saisonniers qui devraient voir le jour pendant cette période de Noël. Les principaux secteurs ? La logistique et les transports devant le commerce, justement. Du côté du hub FedEx de Paris CDG, les renforts ne se feront pas tellement par l’arrivée d’une armée d’intérimaires mais plutôt par la mobilisation de toutes les forces en place.

« Personne ne prend de congé pendant la Peak Season et nous faisons appel à des volontaires de la partie administrative pour donner un coup de main au tri » raconte Julien Ducoup qui, lui aussi, donnera de sa personne. Une mobilisation des équipes qui s’accompagne d’une mobilisation des moyens de transport.

« Nous utilisons aussi nos 4 avions de réserve pendant cette période-là », confirme Julien Ducoup. FedEx mise sur les éléments leur assurant une autonomie forte pour optimiser les transports de colis: une équipe de dégivrage et une salle de contrôle pour surveiller les réseaux aérien et routier par exemple.

Au deuxième étage, à l’angle du bâtiment pour avoir une large vision, l’ambiance est, dans cette salle, bien singulière. Fini le bâtiment immense où les tapis roulants s’enchevêtrent, finis les chargements et les déchargements des avions. Ici, l’atmosphère est feutrée, les paroles chuchotées.

Au mur s’affichent un site météorologique, celui de FedEx, et un tableau de bord pour situer les différents vols en temps réel.

Une fois les avions posés, l’équipage est directement en relation avec les contrôleurs FedEx, ceux-ci pouvant les diriger au mieux sur les places de parking. Autant d’éléments pour tenir la cadence intense jusqu’au 23 décembre. Une cadence qui pourrait bien se poursuivre.

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La finance peut-elle se racheter une conduite en étant verte et durable ?

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 décembre 2017

La finance

Conviés au Climate Finance Day, à Bercy, les ténors de la finance ont fait feu de tout bois en multipliant les annonces et engagements en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Payant en termes d’image ? Cécilia de Pierrebourg, vice-présidente de Reputation Institute France, cabinet expert en marque et réputation des entreprises, livre son analyse.

Branle-bas le combat ! Alors que le gratin de la finance mondiale s’est réuni lundi 11 décembre pour le Climate Finance Day, troisième du genre, à Bercy, les grands acteurs multiplient les initiatives pour une industrie financière plus verte: 100 milliards d’euros de contribution sur quatre ans pour la transition énergétique annoncée par la Société Générale.

Abandon des investissements dans les sables bitumineux dans le monde et du pétrole dans l’Arctique par Natixis, fonds dédié chez Amundi…Emmanuel Macron le répète à l’envi : il veut faire de Paris « la capitale de la finance verte et durable ».

L’occasion rêvée pour la finance mondiale de faire feu de tout bois et redorer (enfin) son blason aux yeux du grand public ? Pas gagné, si l’on en croit l’analyse de Cecilia de Pierrebourg, vice-présidente et directrice du conseil au sein de Reputation Institute France. Expert en image et des marques, le cabinet publie chaque année le palmarès Reptrack des meilleures réputations du Cac 40.

L’environnement, la transition énergétique, le climat…Euréka, la finance mondiale a trouvé une nouvelle martingale pour se racheter une conduite auprès de l’opinion ? Evidemment, pour la finance, comme pour tous les secteurs, le climat c’est la bonne affaire pour l’image.

Donc oui, il y a forcément un brin d’opportunisme chez ces acteurs qui se raccrochent aujourd’hui à ce thème. Mais il y a aussi de vraies démarches et c’est plutôt une bonne chose que les ténors de l’industrie financière endossent enfin leur responsabilité en dirigeant leurs investissements vers la finance durable.

Ils ont compris qu’ils devaient être des acteurs, un moteur du changement. Reste à savoir si, en termes d’image, cette industrie est vraiment attendue sur le sujet et si leurs engagements sont un élément porteur pour leur réputation. Vous voulez dire que l’opinion n’attend pas forcément la finance sur le terrain de l’engagement climatique ?

Pas autant qu’on pourrait le croire. On le constate dans notre étude : sur près de 25 critères pour jauger les acteurs de la finance, l’engagement et un comportement responsable en matière d’environnement n’arrivent qu’en douzième position, bien loin derrière la qualité des produits et des services, et le fait de répondre aux besoins du consommateur !

Il en va de même aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, où le comportement environnemental se perd aussi dans les limbes des critères (respectivement dans les 14ème et en 16ème rangs). Sans doute la facture du passé et de la crise financière : dans la finance, c’est encore et toujours les sujets d’éthique et de gouvernance qui priment dans la réputation.

Quand les éléments qui composent l’image citoyenne – l’engagement pour le climat, le soutien aux grandes causes ou encore l’influence positive sur la société – arrivent en dernier dans l’esprit des gens. On attend d’abord des banques et des assureurs qu’ils aient un comportement éthique. Dans la finance, comme dans toute l’économie, l’éthique prend d’ailleurs une part croissante dans l’image des entreprises.

Alors, beaucoup de bruit… pour rien ?

Non car, encore une fois, la finance est tenue de donner le tempo. Si ces acteurs ne revoient pas leurs investissements, comment voulez-vous que les choses bougent dans les autres industries ? Et, même si on ne les attend pas forcément sur ce terrain, l’opinion publique est tout de même de plus en plus exigeante sur le sujet.

Pour leur image sur le long terme, ils ne peuvent pas passer à côté. Pour l’instant d’ailleurs, aucune marque financière en France ne se distingue réellement en la matière. BNP Paribas, Société Générale, BPCE…elles sont toutes dans un mouchoir de poche dans notre palmarès et relativement mal classées, au regard de secteurs comme l’énergie ou l’industrie lourde très BtoB, réputés polluants.

En somme, leur image est tellement faible sur le sujet – moins d’une personne interrogée sur cinq estime que les acteurs de la finance ont un rôle à jouer sur les sujets environnementaux – que ces marques ne peuvent que s’améliorer !

Et la moindre initiative aura un effet booster. Il sera d’ailleurs intéressant, après la ribambelle d’initiatives annoncées ces jours-ci, de constater dans le palmarès des réputations du Cac 40 de l’an prochain, si la réputation de la finance progresse sur ce terrain. Ou pas.

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Le marché Français du Bio face à quatre défis majeurs

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 décembre 2017

La Coface

Troisième marché mondial du bio, la France dispose d’une filière en pleine expansion et dont les entreprises se portent bien. Mais ce secteur va tout de même devoir entamer sa mue pour répondre à la consommation toujours croissante selon la Coface. Au point de devoir revenir sur quelques-uns de ses principes ?

De la fourche à la fourchette, le secteur du bio se porte bien en France. Croissance à deux chiffres depuis 2014, troisième marché mondial derrière les Etats-Unis et l’Allemagne, chiffre d’affaires qui devrait atteindre 8 milliards d’euros en 2017 selon les estimations de la Coface…les faits parlent d’eux-mêmes.

D’autant que les entreprises bio sont solides. « Une hausse de 10% de la part du bio dans une filière conduirait à une baisse de 11% des défaillances d’entreprises de cette filière » selon Bruno de Moura Fernandes, économiste de cette société d’assurance-crédit et co-auteur, avec Sarah N’Sonde, d’une étude sur la filière du bio en France.

Les filières comme la vigne ou les fruits, qui ont une part importante de bio, ont ainsi vu leur nombre de défaillances baisser en moyenne entre 2012 et 2016.

Ce marché du bio est porté par une demande toujours plus forte: 69% des Français en ont consommé au moins une fois par an en 2016 selon les chiffres de l’Agence Bio et la part de ceux en consommant quotidiennement ou chaque semaine n’a pas cessé d’augmenter depuis 2012. Une consommation forte, un marché florissant, alors pourquoi donc la Coface estime-t-elle que « la mutation du secteur bio semble inévitable »?

La réponse est simple: l’offre française peine à répondre à cette demande. Malgré la hausse des surfaces engagées en agriculture biologique, avec un pic de conversion après la mise en place d’aides par les pouvoirs publics notamment, la part des surfaces bio reste faible en comparaison des autres pays européens.

Et pour répondre à la demande française, 29% des produits bio sont désormais importés. Une importation qui pourrait encore progresser si la filière bio n’évolue pas.

4 facteurs de mutation

« Si le secteur du bio va bien, il doit faire face à des défis » estime Bruno de Moura Fernandes qui pointe quatre facteurs de mutation. Et tout d’abord, la capacité à innover: l’utilisation de nouvelles technologies comme des capteurs (utilisé pour connaître par exemple le taux d’hydratation des plantes) qui permettrait de « compenser certaines vulnérabilités » du bio.

La Coface rappelle que les rendements des surfaces en bio sont inférieurs d’environ 20% aux autres. Deuxième point important selon l’assureur-crédit: la capacité à augmenter les rendements d’échelle : « il y a un besoin d’accroître la taille de la production malgré les craintes des producteurs d’une industrialisation des surfaces » indique notamment l’économiste de la Coface.

Le financement de la filière fait aussi partie des enjeux de mutation du bio: le poids des aides publiques est encore important, bien que l’arrêt des aides au maintien était discuté ces dernières semaines, mais « un financement par le marché nécessite une filière mature » explique Bruno de Moura Fernandes.

Les deux hypothèses pour compenser la perte des financements publics seraient d’augmenter les rendements ou d’augmenter les prix. Mais combien les consommateurs seraient-ils prêts à payer en plus ? Enfin, la structure de la distribution a aussi son importance dans le développement de la filière bio.

La grande distribution, très puissante en France, détient 45% des parts de marché du bio contre 30% pour la distribution spécialisée. Va-t-on vers un équilibre ou vers une concentration de la grande distribution? Difficile à dire. « Le risque, ce serait une dépendance vis-à-vis de la grande distribution mais la grande distribution permet aussi de démocratiser le bio » auprès des consommateurs décrit l’économiste de la Coface.

Autant de défis qui attendent la filière et qu’il ne sera pas forcément aisé de concilier avec les principes liés au bio. La Coface qui estime d’ailleurs qu’une « mutation de la filière (…) sera tantôt interprétée comme une adaptation tantôt comme un renoncement à ses principes originels », proximité, faible empreinte carbone, répartition de la valeur entre autres. Une évolution pas si simple.

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La bataille du savon de Marseille oppose le « Made in France » au « Made in Provence »

Posté par Les Blogueurs Associés le 12 décembre 2017

Marius Fabre

C’est une jolie boutique au cœur du très chic quartier du Marais à Paris. Sur de grandes armoires de bois sont exposés des gros cubes verts ou jaunes, des crèmes pour les mains, du shampooing ou encore des savonnettes parfumées. Le premier magasin entièrement dédié au savon de Marseille ouvre à Paris.

C’est Marius Fabre, une petite fabrique située à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) qui est à l’origine de cette incursion en terre parisienne.Cette maison créée en 1900 appartient toujours à la famille du fondateur. Ce sont aujourd’hui les arrières-petites-filles de Marius Fabre qui dirigent l’entreprise. Ouvrir une boutique qui vend presque exclusivement du savon, cela aurait été sans doute inimaginable il y a encore dix ans.

Il faut savoir que si le savon de Marseille était présent dans tous les foyers au début du XXe siècle avec un pic en 1913 de 180.000 tonnes produites, ses ventes ont décliné à partir des années 50 au détriment des détergents de synthèse et autres savonnettes qui ont ringardisé le vieux cube de grand-mère à l’huile végétale.

L’émergence de la grande distribution va précipiter son déclin et les savonneries marseillaises qui assuraient encore la moitié de la production française à la veille de la Seconde Guerre mondiale ont fermé les unes après les autres. Seules cinq ont survécu dans la région marseillaise (trois à Marseille, deux à Salon-de-Provence).

Mais depuis une dizaine d’années, la donne a changé. La demande des consommateurs pour des produits plus naturels a redonné du lustre au vieux savon d’antan. Le savon de Marseille est notamment conseillé par les dermatologues pour ses propriétés hypoallergéniques.

L’attrait pour les produits vintage a fait le reste. Le consommateur veut retrouver l’odeur du vieux cube de savon de son enfance ou le mythique savon rotatif Provendi qu’on trouvait dans les écoles. Résultat, les ventes sont reparties à la hausse. Selon les estimations des professionnels, le marché du savon de Marseille croîtrait de 4 à 5% par an depuis dix ans et pèserait désormais en France 200 millions d’euros.

Mais le problème, c’est qu’aujourd’hui l’essentiel du savon de Marseille n’est plus fabriqué en France. C’est en Chine ou en Turquie que l’on trouve les plus gros producteurs de « savon de Marseille ». Au même titre que la porcelaine de Limoges, le couteau de Laguiole ou le granit de Bretagne, le savon de Marseille est menacé par ce que les fabricants historiques estiment être des contrefaçons.

Sauf que jusqu’à récemment, l’appareil législatif français ne permettait pas de protéger des produits industriels et artisanaux avec une indication géographique. Ce qu’a permis la loi dite « Consommation » de 2014 qui a instauré en droit français le concept d’Indication géographique (IG) pour des produits non alimentaires transformés.

L’INPI explique pourquoi ça bloque

Pour y prétendre, les fabricants de produits traditionnels doivent se réunir en association et déposer un cahier des charges auprès de l’INPI qui statue et accorde éventuellement l’IG. C’est ainsi que depuis un an trois produits ont ainsi été protégés: les sièges de Liffol dans les Vosges, le granit de Bretagne ou tout dernièrement la porcelaine de Limoges.

Mais les savonniers, qui ont été parmi les premiers à déposer leur dossier de candidature n’y ont toujours pas droit. « Ce qui bloque pour le moment, indique-t-on du côté de l’INPI c’est qu’à la différence des autres dossiers instruits, il y a plusieurs associations concurrentes pour le savon de Marseille et elles ne sont pas d’accord sur le cahier des charges ».

Si jusqu’à présent deux associations se disputaient l’obtention de l’IG (pour faire court l’AFSM plus industrielle, et l’UPSM plus artisanale), voilà qu’une troisième vient d’entrer dans la partie. L’ASDMF qui vient de déposer son dossier auprès de l’INPI regroupe de gros producteurs français. Il s’agit des Savonneries de l’Atlantique à Nantes et de celles de Provendi situées en Haute-Savoie qui revendiquent à eux deux 90% de la production française de la matière première de savon.

« Il faut savoir qu’historiquement il y avait des savonneries dans de nombreux ports français, car c’est par là qu’arrivaient les huiles pour la production, explique Xavier Thiry de la savonnerie Provendi, pour bien montrer qu’il ne s’agit pas d’une spécificité marseillaise. Mais si la plupart ont disparu, nous avons survécu, car nous avons su nous moderniser ».

Démarche nationale contre production locale

Dans leur dossier, les représentants de cette association mettent en avant leur procédé industriel moderne capable de produire jusqu’à 5 tonnes de savon par heure ainsi que leur production 100% française. « Notre démarche est nationale, explique Pascal Marchal de la Savonnerie de l’Atlantique, nous voulons une IG Savon de Marseille France qui protège tous les acteurs hexagonaux ».

Et l’association pointe du doigt la vision qu’elle considère réductrice des savonneries marseillaises comme Marius Fabre. « Ils veulent en faire un produit de luxe et s’approprier le marché alors que ce sont nous les plus gros producteurs qui démocratisons le produit en grande distribution notamment », s’agacent les représentants de l’ASDFM.

Une accusation que les défenseurs du procédé traditionnel de cuisson en chaudron réfutent. « Ce n’est pas un produit de luxe, assure Julie Bousquet-Fabre de la savonnerie de Salon-de-Provence. Nous vendons notre cube de 400 grammes 4 euros ce qui fait 10 euros le kilo et ça dure très longtemps. Le savon de Marseille est un produit de qualité, mais de grande consommation et accessible ».

Bref, ce sont deux visions qui s’affrontent dans cette bataille du savon de Marseille.

Une première qui veut moderniser le procédé de fabrication pour en faire un produit très grand public que l’on retrouve notamment en grande distribution et une autre qui considère que le nom « de Marseille » induit une origine relativement circonscrite à la région marseillaise et un procédé de fabrication ancestral qui a fait ses preuves et qui séduit les amateurs de produits authentiques.

Un « made in France » contre un « made in Provence » en quelque sorte. L’INPI -qui a déjà refusé d’accorder une IG aux espadrilles de Mauléon- aura bien du mal à trancher. Si elle y parvient un jour.

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