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Le journaliste Loup Bureau sort de prison

Posté par Les Blogueurs Associés le 16 septembre 2017

Loup Bureau

Incarcéré depuis plus de cinquante jours pour avoir rencontré des combattants kurdes à l’occasion d’un reportage, Loup Bureau a été remis en liberté vendredi. Il pourrait rentrer en France ce week-end.

«Nous avons la satisfaction d’annoncer la libération du journaliste Loup Bureau», a lancé vendredi, en fin d’après midi, Me Martin Pradel. Quelques minutes après, le président français Emmanuel Macron lui emboîte le pas et annonce un «grand soulagement». Le jeune homme de 27 ans vient de passer cinquante-et-un jours dans une prison turque.

Le 26 juillet dernier, le journaliste (ayant collaboré avec les chaînes Arte, TV5 Monde ou le site d’information Slate.fr), qui vient de traverser la frontière irakienne, était interpellé par la police turque lors d’un contrôle d’identité. Après plusieurs jours de garde à vue, Loup Bureau est finalement arrêté et incarcéré le 1er août dans la prison de Sirnak (sud-est de la Turquie).

Malgré les appels répétés du chef de l’Etat français à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan et l’importante mobilisation des proches de Loup Bureau, la justice turque reste inflexible et refuse la libération du jeune homme, suspecté «d’appartenance à une organisation terroriste», après que des photos le montrant en compagnie de combattant kurdes syriens des YPG (considérés comme organisation terroriste par Ankara) ont été trouvées sur lui.

Des photos prises lors d’un reportage effectué par Loup Bureau en 2013, dans le nord de la Syrie, où les milices kurdes – soutenus par les Etats-Unis – combattent les djihadistes de Daech.

«Le seul étranger en prison»

Malgré la bonne nouvelle annoncée sur Twitter, Me Martin Pradel tient à rappeler que «le tribunal de Sirnak n’a cependant pas clos le dossier et qu’il faudra poursuivre le combat». La région où a été incarcéré Loup Bureau est une zone extrêmement complexe à couvrir pour les journalistes – turcs et internationaux – depuis l’instauration de l’Etat d’urgence et surtout la reprise des combats en juillet 2015 entre les rebelles du Parti des Travailleurs du Kurdistan, le PKK (lié aux YPG syrien) et les forces de sécurité turques.

Les attentats et opérations militaires y sont quasi quotidiennes. «Notre confrère en Turquie a passé trois heures auprès de Loup Bureau pour lui expliquer la situation, la position du parquet turc», explique au téléphone Me Rusen Aytaç, l’une des avocates du jeune homme.

Une présence nécessaire avant sa libération, estime-t-elle. «Loup était isolé, il était le seul ressortissant étranger dans la prison. Il a eu des hauts et des bas. Souvent des bas, à vrai dire. Son seul lien, en plus de ses avocats, c’était cet échange téléphonique avec sa famille, tous les quinze jours.»

Loup Bureau sortira vendredi de prison mais, précise cependant l’avocate, il devra passer la nuit au poste de police de Sirnak, malgré les demandes formulées auprès du juge. «Le temps d’organiser son expulsion du territoire, d’ici samedi, il devrait au moins partir à Istanbul», espère-t-elle. Un retour en France le même jour n’est pas exclu.

Après plus d’un mois d’attente dans l’angoisse, la famille et les amis de Loup Bureau avaient misé sur l’arrivée jeudi, en Turquie, du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à Ankara pour rencontrer son homologue turc et le président Recep Tayyip Erdogan.

Durant ses entretiens avec les autorités turques, le chef de la diplomatie française a affirmé avoir plaidé à de multiples reprises en faveur de la libération du jeune Nantais. «Ce n’est pas un hasard que cette libération intervienne alors que Jean-Yves Le Drian est à Ankara.

C’est Erdogan qui avait la clef du verrou. Il n’a eu qu’à demander à une justice turque aux ordres de libérer un journaliste qui n’avait rien à faire en prison», analyse Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporter Sans Frontières (RSF).

Médias fermés

L’annonce de cette libération redonne un peu d’espoir en Turquie où la répression contre la presse fait rage depuis le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016. Depuis la mise en place de l’Etat d’urgence, une semaine après la tentative de putsch, 171 journalistes ont été emprisonnés, selon la plateforme turque P24.

On estime également qu’en l’espace d’un an, plus d’une centaine de médias ont été fermés, par décret de l’exécutif, et que plusieurs centaines de cartes de presse ont été annulées. Symbole de la dérive autoritaire dont la presse turque est victime, lundi dernier, se tenait au tribunal de Silivri (grande banlieue d’Istanbul) la deuxième audience du procès du journal d’opposition Cumhuriyet.

A la barre : cinq collaborateurs de ce quotidien presque centenaire dont le rédacteur en chef, Murat Sabuncu, l’éditorialiste de renom Kadri Gürsel ainsi que le journaliste d’investigation Ahmet Sik. La justice turque soupçonne en tout 17 membres de Cumhuriyet d’avoir changé la ligne éditoriale du journal en faveur de l’organisation Fetö (acronyme utilisé par le gouvernement turc pour désigner les partisans de l’imam en exil Fethullah Gülen, accusé par Ankara d’être le cerveau du coup d’Etat manqué).

Après une audience marathon de plus de dix heures, marquée par les plaidoiries fleuves des avocats de la défense, le jugement provisoire tombe dans la nuit : les cinq accusés (incarcérés pour certains depuis plus de trois cents jours) restent en prison. La prochaine audience a été fixée au 25 septembre. Mais chez les défenseurs des droits de l’homme turcs et les familles des journalistes, l’espoir est de plus en plus mince.

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Publié dans Justice, Média, Turquie | Commentaires fermés

Ryanair ne pourra plus imposer le droit irlandais à tous ses salariés

Posté par Les Blogueurs Associés le 15 septembre 2017

Ryanair

Une décision rendue jeudi par la Cour de justice de l’Union européenne interdit à Ryanair d’imposer constamment le droit irlandais. Elle pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du segment «low cost» du transport aérien.

Ryanair ne pourra plus imposer le droit du travail irlandais au personnel navigant travaillant ailleurs en Europe, après une décision rendue jeudi par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Cette décision pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du segment «low cost» du transport aérien.

La Cour de Luxembourg a rendu un arrêt favorable à des membres du personnel de cabine de la compagnie irlandaise basés à l’aéroport belge de Charleroi et qui avaient saisi la justice locale en 2011 afin que leur soit appliqué le droit du travail belge, jugé plus protecteur que l’irlandais.

Ryanair arguait du fait que le droit du travail irlandais devait s’appliquer à leurs contrats. «Dans son arrêt d’aujourd’hui, la Cour rappelle tout d’abord que, s’agissant des litiges relatifs au contrat de travail, les règles européennes concernant la compétence judiciaire ont pour objectif de protéger la partie contractante la plus faible», lit-on dans l’arrêt de la CJUE.

«Ces règles permettent notamment au travailleur d’attraire en justice son employeur devant la juridiction qu’il considère comme étant la plus proche de ses intérêts, en lui reconnaissant la faculté d’agir notamment devant les tribunaux de l’État membre dans lequel l’employeur a son domicile ou devant le tribunal du lieu dans lequel le travailleur accomplit habituellement son travail.»

Les contrats de travail des salariés de Ryanair, à l’origine du litige, stipulaient qu’ils étaient réputés travailler en Irlande puisqu’ils étaient affectés à des appareils immatriculés dans ce pays. Mais ils précisaient aussi que leur base était l’aéroport de Charleroi, ce qui voulait dire que leur journée de travail commençait et se finissait là, et qu’ils devaient résider à moins d’une heure de leur «base d’affectation».

En 2010, Ryanair était devant la justice pour «non-respect» du droit du travail français. On lui reprochait d’appliquer sur le sol français le droit irlandais, beaucoup moins protecteur, ne s’acquittant ni des charges sociales françaises, ni des cotisations au régime de retraite obligatoire du secteur.

Or, «pour ce qui concerne la détermination de la notion de «lieu où le travailleur accomplit habituellement son travail», la Cour se réfère à sa jurisprudence constante selon laquelle cette notion vise le lieu où, ou à partir duquel, le travailleur s’acquitte, de fait, de l’essentiel de ses obligations à l’égard de son employeur», explique la CJUE.

En 2014, le Comité européen du dialogue social pour l’aviation civile avait lancé une enquête sur les «faux indépendants» du secteur aérien. Des éléments révélés dans une pré-enquête démontraient que Ryanair pratique «massivement» le travail dissimulé, «facturant leurs services via des microsociétés irlandaises».

À l’époque, Michael O’Leary, patron impulsif de Ryanair, clamait haut et fort: «Nous faisons cela depuis 29 ans et nous continuerons à le faire encore 29 ans.» Aujourd’hui, il semble pourtant que l’âge d’or du système Ryanair soit durablement mis à mal.

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Publié dans Europe, Finance, Fiscalité, Industrie, Justice, Travail | Commentaires fermés

Hongkong se noie sous les déchets électroniques

Posté par Les Blogueurs Associés le 11 juin 2017

Hongkong

Territoire asiatique qui génère le plus de rebuts technologiques, la région est aussi submergée par des tonnes d’équipements venus de l’étranger. Les centres de recyclage illégaux s’y multiplient, véritables décharges à ciel ouvert.

«Levez les yeux de vos téléphones». La consigne tourne en boucle dans les escalators du métro, sans grands effets. Hongkong est à l’image de ses passants accaparés par leurs écrans : électrisée par les technologies, ultra-connectées. Mais la modernité pèse lourd.

En 2015, l’ex-colonie britannique est le territoire d’Asie qui, per capita, a généré le plus de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) : 21,7 kg par habitant, selon l’université des Nations unies.

Au regard des 6,7 millions de tonnes de DEEE produites par la Chine, Hongkong et ses 156 000 tonnes pourraient sembler anecdotiques. Sauf que la ville croule sous les déchets. Faute d’infrastructures adaptées, elle se débarrasse à l’étranger d’une grande partie de ses vieux équipements électriques alors que 40 tonnes sont tout de même déversées chaque jour dans ses propres décharges, quasi saturées.

Plus inquiétant encore, Hongkong, devenu «centre mondial d’importation des DEEE» selon l’ONG américaine Basel Action Network (BAN), étouffe aussi sous les rebuts des autres. L’ONG estime qu’environ 830 conteneurs d’équipements usagers entrent chaque mois à Hongkong.

Ils sont souvent transportés illégalement depuis les États-Unis, sous le couvert d’appareils d’occasion. Longtemps, Hongkong et son port franc ont incarné une simple station de transit vers la Chine. Mais Pékin a récemment fermé ses frontières aux transporteurs de rebuts électroniques dangereux, et le rôle de dépotoir a donc incombé à Hongkong, devenue le «nouveau paradis des pollueurs», selon les termes de l’ONG.

Négocier des disques durs

BAN a placé des traceurs sur plusieurs centaines d’ordinateurs aux États-Unis. Et plus de la moitié ont terminé leur parcours dans le nord de Hongkong, à une heure de route de la «Manhattan asiatique». Là, plus de 1 000 hectares d’anciens terrains industriels abandonnés émaillent la partie continentale de Hongkong, frontalière avec la Chine.

Cette zone est appelée les «nouveaux territoires». C’est un «no man’s land qui abrite en gros tout ce qui se fait d’illégal à Hongkong. Le problème des déchets se conjugue avec celui de l’urbanisme et de la législation complexe de cette zone», résume Benita Chick de l’Earthwatch Institute, une ONG américaine.

Les autorités dénombrent 150 sites de recyclage de DEEE à ciel ouvert, souvent barricadés derrière de hautes tôles. «Leur nombre et leurs activités varient en fonction des cours du marché», nous explique-t-on. Rares sont ceux habilités à traiter des déchets toxiques.

«C’est peu cher de louer ces terrains vagues dans les nouveaux territoires, et les autorités sont plutôt laxistes aux frontières, ce qui facilite la venue de main-d’œuvre bon marché, explique l’élu local Paul Zimmerman. Ils font le gros du tri manuellement, en cachette dans des arrière-cours.»

«Puis c’est réexpédié en Chine. Quand j’y suis allé, des personnes négociaient des unités centrales, des disques durs, des câbles. La plupart parlaient mandarin.» L’ONG BAN décrit des centaines de tubes cathodiques jonchant le sol, des imprimantes éventrées, des circuits électriques désossés.

Quant aux effets du mercure, phosphore, cuivre, métaux lourds ou autres substances dangereuses libérées lors de ces opérations sauvages, «les torts pour l’environnement et la population ont déjà commencé», comme l’affirme BAN sur la base d’analyses menées par une université locale. L’eau est «toxique».

Faire le ménage

La chasse aux recycleurs clandestins est lancée : contrôles et mesures coercitives vont s’intensifier, assurent les autorités qui, en 2016, ont mené trente-trois poursuites judiciaires assorties de faibles amendes (36 600 euros au total).

L’ouverture officielle à la rentrée d’un centre de traitement financé par l’État devrait aussi permettre au gouvernement de faire le ménage à grande échelle – alors que jusqu’à présent la gestion des DEEE reposait plus sur des initiatives ponctuelles que sur la législation.

L’opérateur allemand Alba IWS collecte déjà des déchets électroniques et a commencé au printemps à démonter ordinateurs, réfrigérateurs, imprimantes et téléviseurs. Les composants chimiques doivent être traités à Hongkong, les circuits imprimés envoyés entre autres au Japon, les batteries de lithium en Belgique, le cuivre en Allemagne.

Aluminium, inox, plastique et verre seront vendus comme matière première. Plus de 80% de matériaux seront recyclés en «toute transparence», garantit son directeur, Nigel Mattravers. Mais le processus sera lent au démarrage, admet-il. Cinq ans pour atteindre les 30 000 tonnes traitées par an.

Le temps de la montée en puissance d’une nouvelle législation plus contraignante pour les producteurs, distributeurs et recycleurs d’équipements électriques. Le temps aussi d’éduquer la population. «Le souci à Hongkong est qu’il n’y a pas d’incitation au recyclage.

Il n’y a que des micros systèmes où les gens reçoivent des nouilles en échange d’un vieux frigo ou des fringues», remarque Benita Chick. Alors, même le jour où la nouvelle usine tournera à plein régime (56 000 tonnes prévues par an), Hongkong restera encombrée par des montagnes d’appareils usagers.

En particulier les petits équipements et les millions de smartphones trop légers pour les gros industriels du recyclage, qui négocient les prix au tonnage. Les téléphones alimenteront donc encore longtemps les circuits parallèles, toujours très opaques.

On les retrouve aujourd’hui vendus à même le trottoir parmi des ordinateurs ou des enceintes, ou dans les chariots débordants de ces femmes de ménage qui les monnaient avec des entreprises souvent peu scrupuleuses des normes environnementales.

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Publié dans Ecologie, Hongkong, Industrie, Justice, Santé | Commentaires fermés

 

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