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Et si Trump se séparait de son conseiller ultraconservateur ?

Posté par Les Blogueurs Associés le 16 août 2017

Steve Bannon

Steve Bannon rase les murs. Il se fait oublier. La fois précédente, cela lui avait réussi : Donald Trump, très énervé par une couverture de Time Magazine donnant le rôle de Machiavel à son conseiller, avait renoncé à s’en séparer. Cette fois ? Il est sur un siège éjectable.

Tous les personnages qui comptent à la Maison Blanche – Jared Kushner, le gendre, John Kelly, le chef d’état-major, H. R. McMaster, le conseiller à la Sécurité nationale – font pression sur le président pour qu’il se débarrasse de son Raspoutine. Le sort de Bannon est « incertain », indique le « New York Times », tandis que la chaîne CBS estime qu’il pourrait être viré d’ici à la fin de la semaine.

Un de plus, après Michael Flynn, Sean Spicer, Anthony Scaramucci, Reince Priebus ?

Steve Bannon n’est pas un conseiller comme un autre. L’ex-PDG du très influent site de droite Breitbart a volé au secours de la campagne chancelante de Trump en août 2016, devenant son bras droit et l’avocat d’un nationalisme et d’un chauvinisme flirtant avec l’extrême-droite.  Il fut l’architecte de la victoire de 2016, comme l’a récemment détaillé un livre qui, au passage, a redoublé l’agacement de Trump de se voir voler la vedette.

Un tournant, vraiment ?

C’est Bannon qui a tenu la plume du discours hyper-agressif de la prestation de serment de Trump, Bannon qui partage avec lui son obsession de l’immigration (légale et illégale), Bannon qui lui rappelle que sa base blanche « dure » est le plus enthousiaste de ses soutiens et joue un rôle crucial dans les primaires du parti républicain.

Son départ, entend-on un peu partout, serait donc un vrai tournant dans la présidence Trump – la victoire d’une discipline insufflée par le général Kelly, la consécration des « généraux raisonnables » et des conseillers « normaux » qui l’entourent, et l’abandon d’un flirt trop poussé avec les suprémacistes blancs.

En somme, un Trump 2.0 moins idéologue, plus pragmatique et moins porté à la confrontation serait sur le point d’être dévoilé au pays. 
Un tournant, vraiment ? On peut en douter. D’abord, le sort de Bannon n’est pas tout à fait scellé. Il compte de nombreux soutiens chez les conservateurs, donc certains volent à sa rescousse.

Mark Meadows, le leader du groupe conservateur Freedom Caucus à la Chambre des Représentants, est intervenu en personne auprès de Trump pour sauver sa tête. Steve King, un Républicain de l’Iowa enragé contre l’immigration et influent à droite, a également pris sa défense.

Chez les riches donateurs qui ont soutenu Trump, Bannon est soutenu par le très influent milliardaire des casinos, Sheldon Adelson, et par une autre famille milliardaire, celle de Robert Mercer et sa fille Rebekah. Ce n’est pas la fidélité qui retient Trump, il n’a jamais hésité à jeter ses alliés comme de vieux Kleenex quand ils dépassaient leur date de péremption.

C’est plutôt la colère de la droite militante qui, sans s’identifier aux néo-nazis de Charlottesville, voit en Bannon le rempart de Trump contre l’establishment détesté. « Je suis absolument convaincue que ce serait une énorme erreur, de la part du président, de virer Bannon.

Il tournerait le dos aux gens qui l’ont élu et cela provoquerait une rébellion au sein de sa base », estime par exemple Debbie Dooley, activiste de longue date du Tea Party.

Trump, seul aux commandes

Vu l’émotion suscitée par les incidents de Charlottesville, et la réaction tragiquement inadéquate de Trump, Bannon risque tout de même d’avoir du mal à sauver sa peau. Mais cela marque-t-il pour autant l’avènement d’un Trump nouveau ?

Donald Trump n’a pas attendu l’irruption de Bannon, dans sa campagne, pour jouer le carte d’un ressentiment blanc dérapant souvent dans le racisme décomplexé. Depuis des décennies, il insiste sur la culpabilité des « Cinq de Central Park », quatre ados noirs et un hispanique accusés du meurtre d’une joggeuse en 1989 puis formellement innocentés.

Il a embrassé la thèse nauséabonde des « birthers » mettant en doute la citoyenneté américaine de Barack Obama à sa naissance, et cela des années avant de s’allier avec Bannon. Et il a ouvert sa campagne avec une charge tonitruante contre les « Mexicains racistes », deux mois avant que Steve Bannon ne le rejoigne.

Trump n’a cessé de cajoler l’extrême-droite, refusant de condamner David Duke, l’ex-leader du Ku Klux Klan et restant silencieux quand la victime d’un attentat était musulmane. Et son refus, 48 heures durant, de condamner explicitement les néo-nazis de Charlottesville, a obligé les médias à de curieuses contorsions au sujet de Steve Bannon.

Il serait au purgatoire et ne rencontrerait plus qu’occasionnellement le président, mais cela ne l’aurait pas empêché de l’influencer au téléphone après les événements de Charlotesville… Il faudrait savoir ! La réalité, aussi dérangeante qu’elle soit, est que l’histoire d’amour entre Trump et Bannon est celle de deux personnages partageant les mêmes obsessions.

Le flirt peut s’éteindre mais les obsessions restent intactes. Et Trump peut répudier son coup de cœur sans se priver de ses idées : il peut par exemple se débarrasser de Bannon (et probablement de Sebastian Gorka, le conseiller en politique étrangère surnommé le « pitbull de Trump ») mais garder auprès de lui Stephen Miller, un conseiller politique tout aussi xénophobe mais plus prudent que son ex-mentor Steve Bannon.

L’autre illusion, récurrente lorsque l’on évoque un « Trump nouveau », est de voir dans le 45e président des Etats-Unis un personnage sans principes ni convictions, capable d’adopter la politique ou les idées qui lui conviendront à tel ou tel moment. On a encore vu cette illusion refleurir il y a quelques semaines, quand l’élévation du général Kelly au rôle de chef d’orchestre de la Maison Blanche devait « discipliner » la Maison Blanche et son patron.

Depuis, on a eu droit à l’escalade verbale sur la Corée du Nord, aux insultes contre le leader du Sénat Mitch McConnell (pourtant allié indispensable) et au long silence à propos de Charlottesville.

« Je sais que c’est difficile à croire, mais on va encore trouver un reporter ou un analyste pour nous dire qu’il s’agit d’une « remise à zéro » ou d’un moment « pivotal ». Pitié, épargnez-nous cela », tweete John Weaver, un stratège républicain qui a son franc-parler.

A chaque fois, l’illusion d’un Trump possible se fracasse sur la réalité d’un Trump erratique, impulsif et incompétent perdant un à un tous ses appuis, dans l’opinion et au Congrès. Avec ou sans Steve Bannon, Donald Trump est un homme seul.

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Publié dans Etats-Unis, Politique, Racisme | Commentaires fermés

Un jardin alimenté par les tweets de Donald Trump

Posté par Les Blogueurs Associés le 14 août 2017

Martin Roth

Pendant deux mois, l’artiste autrichien Martin Roth a créé un jardin éphémère, où la lumière nécessaire aux plantes est fournie par l’activité de comptes Twitter, dont celui du président des Etats-Unis.

Chaque tweet n’est-il qu’une goutte d’eau dans l’océan des réseaux sociaux ? Peut-on se prémunir de ces déluges bavards et inventer une utilité à ces torrents de messages plus ou moins vains ?

C’est l’idée assez subversive d’un artiste autrichien, installé à New York, Martin Roth, qui a créé pendant deux mois un jardin artificiel alimenté par l’activité débordante de quelques utilisateurs prolixes de Twitter.

Parmi les comptes qui ont déclenché la croissance et l’arrosage : celui de Donald Trump, l’impulsif et compulsif président américain, qui persiste à diriger les Etats-Unis à coup de messages de 140 caractères.

Au printemps dernier, dans un centre culturel du quartier de Midtown, à Manhattan, l’artiste a installé cinq rangées de plants de lavande, au milieu d’un décor de sous-bois et sous une lumière artificielle qui stimule la croissance des fleurs.

Signe particulier de cette installation techno-végétale, la pièce était sans fenêtre et la photosynthèse nécessaire à la croissance des plantes n’était déclenchée que par un procédé complètement artificiel : ce sont les centaines de tweets provenant du compte du président américain, de ceux de quelques leaders du parti conservateur ou encore de médias réputés proches de Donald Trump, comme la chaîne FoxNews, qui ont fourni la lumière du « jardin ».

Lutter contre le flux anxiogène des réseaux sociaux

L’intensité lumineuse de la serre variait avec l’activité de Twitter, à travers un algorithme inventé par l’artiste : plus les messages de Trump et de son entourage étaient retweetés, plus la lumière devenait intense, permettant aux lavandes de s’épanouir.

La démarche de l’artiste se voulait un acte de douce résistance, face à une administration qui réduit la pensée politique en 140 caractères. La lavande, plante médicinale célèbre aux vertus calmantes, n’a d’ailleurs pas été choisie au hasard : elle symbolise, aux yeux de Martin Roth, le remède souverain au flux anxiogène de petites phrases tonitruantes et de fake news.

L’installation éphémère est désormais terminée, et malgré la réussite de son installation, Martin Roth n’envisage pas pour l’instant de la rééditer ailleurs aux Etats-Unis : « J’avais choisi ce lieu à New York, explique le créateur, car il est situé à deux pas de la Trump Tower, transformée en bunker depuis que son propriétaire est devenu président. Face à ce déploiement impressionnant de forces de sécurité, le contraste avec un calme jardin était intéressant. »

Et avec un Donald Trump qui a un usage immodéré de Twitter, les plantes se sont effectivement portées à merveille ! Le compte personnel du 45e président américain est suivi par 34 millions de personnes, et le moindre de ses avis est relayé en moyenne 20 000 fois.

De quoi stimuler la croissance végétale, à défaut de nourrir le débat d’idées !

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Rwanda: meurtres, répression…le système Kagamé

Posté par Les Blogueurs Associés le 4 août 2017

Paul Kagamé

Les Rwandais sont appelés aux urnes pour élire leur président…ou plutôt réélire Paul Kagamé, en place depuis 2000. Les bureaux de vote ouvrent, vendredi 4 août, à Kigali au Rwanda et dans tout le pays.

Ils vont attendre patiemment que les électeurs s’y pressent pour réélire le président sortant Paul Kagamé, pour un troisième mandat, qu’il a annoncé comme son dernier en mai. Le suspense n’est en effet pas de mise.

Seuls deux opposants politiques ont été reconnus candidats officiels : Frank Habineza pour le Parti démocratique vert (PVD) et Philippe Mpayimana, candidat indépendant. Pour les autres, la Commission électorale nationale les a écartés ou alors ils ont été victimes de campagnes de diffamation et de menaces.

Mais finalement peu importe les opposants et leur nombre pour Paul Kagamé, qui répète à l’envi que l’élection est jouée depuis le référendum du 15 décembre 2015. Celui-ci l’a autorisé à se représenter jusqu’en 2034, avec 98,3% des voix. Un score impressionnant dans un pays connu par sa répression politique.

Campagnes d’intimidation et menaces

Seuls deux opposants politiques ont donc réussi à braver les obstacles et à se faire reconnaître comme candidats officiels pour cette élection présidentielle. D’autres candidats en ont été empêchés. Le 3 mai dernier, Diane Rwigara par exemple a annoncé qu’elle se présenterait en tant que candidate indépendante.

Dans les mois précédents, elle avait dénoncé publiquement la pauvreté, l’injustice, l’insécurité et l’absence de liberté d’expression au Rwanda. Une attaque directe envers le pouvoir. Quelques jours seulement après l’annonce de sa candidature, cette fille d’un financier du Front patriotique rwandais (FPR), parti de Paul Kagamé, mort dans des circonstances troubles, a fait l’objet d’une campagne de diffamation.

Des photos où elle apparaissait dénudée ont circulé sur les réseaux sociaux. Elle et Philippe Mpayimana se sont également plaints que leurs représentants avaient été victimes de harcèlement et de manœuvres d’intimidation pendant qu’ils recueillaient les signatures nécessaires à la validation des candidatures.

Pour contrer cette répression, certains opposants vivent à l’étranger, comme l’abbé Thomas Nahimana. Ce candidat déclaré s’est pourtant vu plusieurs fois empêché de revenir d’exil. Même à l’étranger, il est donc difficile d’échapper au spectre de Kagamé. L’ancien chef des services de renseignements, Patrick Karegeya, a ainsi été retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel d’Afrique du Sud en 2014.

Deux décennies de répression politique

Deux décennies d’attaques contre les opposants politiques, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains ont créé un climat de peur au Rwanda à l’approche de l’élection présidentielle. C’est ce que dénonce Amnesty International, dans un rapport publié vendredi 7 juillet.

L’ONG a donc décidé d’alerter sur le manque évident d’opposition politique et sur les dérives répressives du pouvoir. Parmi les cas cités par le rapport, on trouve l’assassinat en mai de Jean Damascene Habarugira, un membre du parti non reconnu des Forces démocratiques unifiées (FDU), présidé par l’opposante Victoire Ingabire.

Cette dernière a été condamnée en 2010 à quinze ans de détention pour « minimisation du génocide ».

« Depuis que le FPR est arrivé au pouvoir, il y a 23 ans, il est difficile pour les Rwandais de participer à la vie publique et de critiquer ouvertement les politiques gouvernementales ; certains le paient même de leur vie », a déclaré Muthoni Wanyeki, directrice du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands Lacs à Amnesty International.

Dans son rapport, Amnesty international exhorte donc l’Etat rwandais à entreprendre des réformes ambitieuses qui élargiront l’espace politique avant l’élection de 2024. Ce qui permettrait un débat véritable et l’expression d’opinions politiques diverses.

Un travail de fond sur la liberté d’expression doit notamment être entrepris.

Répression médiatique

La liberté d’expression, c’est justement ce dont manquent les médias, fortement réprimés. Depuis des années, des journalistes sont emprisonnés, harcelés, parfois tués, et beaucoup ont été contraints à l’exil. En 2010, les journaux indépendants Umuvugizi et Umuseso ont été suspendus pour avoir critiqué le régime, en pleine campagne électorale de réélection.

Jean-Léonard Rugambage, alors rédacteur en chef adjoint du journal Umuvugizi, a également été tué par balle à Kigali en 2010, alors qu’il enquêtait sur une tentative d’assassinat contre le général Kayumba Nyamwasa, passé dans l’opposition.

En 2015, c’est le service rwandais de la BBC qui a été bloqué, l’un des seuls médias à délivrer une information indépendante. En 2016, au moins trois journalistes ont été arrêtés après avoir enquêté sur des sujets sensibles, comme la corruption et les morts suspectes.

Dans son rapport, Amnesty International invite le gouvernement à créer un mécanisme juridique pour enquêter sur les violations des droits de l’homme. Un défi, tant que Paul Kagamé reste au pouvoir.

Un bilan contrasté

Malgré l’utilisation d’un régime répressif toujours plus violent pour se maintenir en place, Paul Kagamé possède un bilan jugé positif sur le plan économique : croissance de 7 %, population couverte à 91 % par l’assurance-maladie, politiques efficaces de lutte contre la corruption.

Ce qui corroborerait pour certains la popularité « indéniable » du président. Paul Kagamé, à la tête du Front patriotique rwandais, a contribué à mettre fin au génocide qui a fait plus de 800.000 morts 1994.

« The Boss » comme on l’appelle à Kigali, a toujours été élu avec plus de 90 % des voix, dans ce pays de 11,5 millions d’habitants. Mais la répression en vigueur va une fois encore empêcher de connaître la vraie valeur de ce vote : vote d’adhésion, de peur ou de dépit ?

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Moments de disgrâce pour NKM

Posté par Les Blogueurs Associés le 29 juin 2017

Nathalie Kosciusko-Morizet

Battue dans un territoire considéré comme imperdable pour la droite, Nathalie Kosciusko-Morizet lâche la tête de l’opposition parisienne. Et entame sa traversée du désert.

« Je sais que dans dix jours ma voix peut s’éteindre », mettait en garde le 6 juin dans Le Parisien Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), alors candidate dans la 2e circonscription de Paris. Deux tours de législatives, une agression et une hospitalisation plus tard, sa voix s’est éteinte.

Depuis sa défaite, dans un contexte singulier de violence, l’ancienne députée de l’Essonne a simplement envoyé deux communiqués succincts. L’un pour dire qu’elle ne solliciterait pas de nouveau mandat de présidente du groupe LR au conseil de Paris, le dernier poste à responsabilité qui lui restait.

L’autre pour se féliciter du lancement, très opportun, par Pierre Auriacombe, l’un de ses proches, d’un groupe distinct de celui de la « vieille droite parisienne ». Un terme cinglant, à la hauteur des haines recuites dont cette famille a le secret.

« Je suis témoin de l’acharnement d’une violence inouïe de certains barons à son encontre. Je comprends qu’elle soit dégoûtée des méthodes de certains », lâche un conseiller (LR) de Paris. Elles ont éclaté au grand jour avec la candidature dissidente de Jean-Pierre Lecoq, le maire du 6e arrondissement, qui a considérablement affaibli NKM aux législatives.

La défaite a un goût d’autant plus amer qu’elle intervient dans une circonscription imperdable pour la droite et au moment où son rival Pierre-Yves Bournazel triomphe dans une circonscription réputée, elle, ingagnable. Mais lui s’est mis en marche rapidement, là où NKM a traîné des pieds.

« Elle voulait préserver son identité politique »

« Dans le discours de Macron, il y a évidemment des thématiques proches des miennes, comme le travail indépendant. Mais son programme est attrape-tout et flou, notamment sur les économies à faire et sur la Défense, confiait fin février NKM, hésitante. Je ne vois pas sa capacité de projection. »

« Elle a eu dix fois l’occasion de claquer la porte de chez Fillon mais elle ne l’a pas fait. Elle voulait préserver son identité politique », décrypte une figure de la NKMie. « S’il y a bien une personne à droite qui portait une ligne proche de Macron, c’était elle. Mais elle est restée fidèle à Fillon », vante un collaborateur.

Nombre de ses fidèles ont pourtant quitté le bateau Fillon en pleine tempête. « Elle a été loyale, trop loyale. Et je ne suis pas la seule à le penser », confie à L’Express l’une de ses amies. « Elle n’exprime aucun regret aujourd’hui. Mais elle réfléchit forcément à ce qui se serait passé si elle avait fait un autre choix durant la campagne. »

Le 16 mai, son nom figurait bien sur la liste des ministrables possibles envoyée par l’exécutif à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) en vue de la constitution du gouvernement. Dans son entourage, on assure même qu’Emmanuel Macron lui aurait envoyé un mot pour se dire désolé qu’En Marche a investi quelqu’un face à elle.

« Je ne comprends plus cette trajectoire personnelle »

« Elle a essayé de se rapprocher de Macron tout en gardant une option Fillon, au cas où. Elle a voulu jouer sur les deux tableaux, pirouette cacahuète. Mais ça ne pouvait pas marcher », observe une conseillère (LR) de Paris qui ne l’apprécie pas.

« C’est une erreur de vouloir aller à la fois à la primaire, donc prétendre aux plus hautes fonctions, et à la mairie de Paris. Elle a payé cela », complète la maire (LR) du 5e arrondissement, Florence Berthout. « Je ne comprends plus cette trajectoire personnelle, sans jamais être capable d’être collectif. »

Le choc de la défaite a été amorti par son anticipation. « Dès le soir du premier tour de la présidentielle, on avait compris que ça serait difficile », confie un collaborateur. A son domicile, au cours de la soirée du second tour des législatives, alors qu’une chaîne d’infos en continu la donne par erreur gagnante, elle lâche: « Détendez-vous, ça ne va pas passer… », rapporte un témoin. « Son sentiment, c’est bien sûr de la peine et de la tristesse. Mais c’est aussi un soulagement de ne plus voir les élus de Paris », glisse un proche.

« Prendre le temps de réfléchir »

« Ça va vous paraître bizarre mais je la trouve libérée » depuis sa défaite, abonde une intime. « Elle va prendre le temps de réfléchir sur son avenir. » Lequel devrait passer par une expérience dans le privé. Dans le Landerneau, chacun y va de sa rumeur: « Elle va partir aux Etats-Unis », « elle va créer sa boîte », « elle va prendre la tête de la RATP ».

« La vérité, c’est qu’elle ne le sait pas elle-même, elle n’a aucune piste », assure une amie. « Elle va d’abord prendre des vacances et trouvera un travail en septembre-octobre », abonde un autre proche. « Elle ne va pas se contenter de ses indemnités de conseillère de Paris », persifle l’un de ses nombreux détracteurs LR.

Mais personne ne doute un instant qu’elle ne finira pas par revenir au premier plan en politique. « Personne ne sait ni quand ni dans quelles conditions. Mais j’en ai la conviction », martèle l’un de ses plus proches. « Si elle avait décidé d’arrêter, elle aurait quitté le conseil de Paris. Ce n’est pas le cas », observe un fidèle, Jean-Didier Berthault.

Le lancement annoncé d’un groupe dissident de droite et du centre « donne une indication de son état d’esprit », complète l’un de ses lieutenants. Lundi soir, elle a réuni une petite dizaine de proches au caffé Vitto, dans le Marais.

C’est là que l’idée d’un groupe dissident avec une présidence tournante a été formulée. « C’est pour éviter de retomber dans le syndrome de la guerre des chefs », défend l’un des participants.

« Maintenant, elle doit se faire oublier »

« C’est pour empêcher quelqu’un d’autre qu’elle d’émerger », rectifie un autre qui évoque un « dîner-catastrophe » au cours duquel plusieurs fidèles ont pris du champ. « Elle vit hyper mal la victoire de Bournazel. Mais on ne va pas le punir d’avoir gagné un siège de député ! Qu’elle oeuvre en coulisses OK. Mais pas pour régler des trucs perso.

« Conséquence de la défaite, même des proches ont désormais la dent dure: «  »Elle se garde la possibilité de revenir dans le jeu aux municipales de 2020. Mais elle n’a plus aucune chance. Elle le sait mais ne veut pas l’admettre. Maintenant, elle doit se faire oublier. »

« La droite ne pourra jamais gagner Paris. Mais une coalition droite libérée-En Marche! oui. Ça, elle pourra l’incarner », espère au contraire un autre proche. Mais avec Pierre-Yves Bournazel ou Benjamin Griveaux dans le paysage, « ça n’a rien d’évident », admet-il. « Et puis, on ne sait jamais, dans un moment d’inadvertance, Macron lui proposera peut-être un jour quelque chose. »

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