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Les Espagnols ne supportent plus les touristes

Posté par Les Blogueurs Associés le 13 août 2017

La tourismophobie

Roues de vélo crevées, agences de voyage verrouillées, touristes bousculés…Plusieurs groupes anticapitalistes et indépendantistes catalans ou basques mènent des actions coup de poing pour dénoncer les dérives du tourisme.

A quelques pas du célèbre stade du Camp Nou de Barcelone (Espagne), des touristes profitent de l’architecture de la ville derrière les vitres d’un bus, en cette fin juillet. Au croisement d’une rue, trois hommes encagoulés surgissent et bloquent le véhicule.

« Nous nous préparions à voir quelqu’un monter avec un couteau ou une arme », raconte l’un des touristes britanniques installés dans le bus. En réalité, des activistes taguent simplement le pare-brise avec ces mots.

« Le tourisme tue les quartiers. » La scène, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, ne dure que quelques secondes, mais son retentissement dépasse vite les frontières espagnoles.

Depuis quelques mois, des actes de vandalisme contre des installations touristiques se multiplient en Espagne. Des pneus de vélos de location sont percés, les grilles d’agences de voyage sont verrouillées avec du silicone…Derrière ces actions coup de poing se cachent des militants d’Arran.

Un groupe anticapitaliste et indépendantiste catalan, considéré comme le mouvement de jeunesse de la CUP, un parti qui compte dix députés au Parlement catalan. “Il est clair que le tourisme de masse a provoqué de nombreux problèmes.

Le manque de logements, la destruction de l’environnement et l’augmentation de la précarité des travailleurs”,  expliquent  ses porte-paroles, Palma, Àngels et Pau Oliver. Pour changer ce système, ils ont décidé de passer à la méthode forte.

Des confettis sur les touristes en terrasse

Une semaine auparavant, à quelques centaines de milles nautiques de Barcelone, d’autre militants d’Arran avaient secoué les professionnels du tourisme. Le 20 juillet, vers 20h30, le soleil inonde les terrasses des restaurants de Palma de Majorque, dans l’archipel des Baléares.

Les touristes sont nombreux, attablés autour de paellas et de fruits de mer, quand une vingtaine de jeunes activistes débarquent sur les planches du restaurant Mar de Nudos. Fumigènes dans une main, confettis dans l’autre, ils sèment rapidement la panique, entourés par des serveurs en chemise blanche et cravate noire qui tentent de les contenir.

Sur leur pancarte, le message est toujours le même : « Le tourisme tue Majorque ». L’action est filmée et ensuite diffusée avec un montage soigné, façon clip musical. Là encore, les militants justifient leur méthode brutale. « La violence, elle provient des politiques néolibérales qui nous expulsent et nous précarisent , explique Maria Rovira à franceinfo. Nos actions, c’est de l’autodéfense. »

En pleine saison touristique, les militants ont bien compris que leurs happenings trouvaient une caisse de résonance inédite. « D’autres actions sont en préparation », lâchent les porte-paroles d’Arran, sans donner d’autre précision.

« Le problème, ce n’est pas le tourisme, mais le modèle touristique actuel »

Les militants d’Arran ne sont plus les seuls à mener de telles actions pour dénoncer « l’invasion » des touristes. Le mouvement s’est peu à peu étendu en Espagne. Dans l’ouest du pays, dans la ville de Saint-Sébastien, les activistes de gauche d’Ernai, liés cette fois au mouvement indépendantiste basque, ont tagué les murs des rues du centre-ville avec le mot d’ordre : « Turistas go home » (en français, « Touristes, rentrez chez vous »).

Le 17 août, ils appellent aussi à une manifestation dans cette ville de 180 000 habitants qui a accueilli 2 millions de touristes en 2016. Leur slogan : « Votre tourisme, la misère des jeunes. » Toujours le tourisme en ligne de mire. Pourquoi ? Parce que « la question touristique représente le problème libéral avec une grande clarté », expliquent les militants d’Ernai.

Face à ces actions, les politiques ont commencé à monter au créneau. « L’Espagne ne peut pas recevoir le touriste à coups de pied », s’est emporté le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, lundi 7 août. Un mot s’est même imposé dans le débat public : « turismofobia », la « tourismophobie ».

Mais le terme ne plaît pas du tout aux activistes. « Ce n’est pas de la tourismophobie, c’est de l’anticapitalisme », plaident les militants d’Ernai. « C’est un concept inventé qui tente de dénaturer une lutte complètement légitime », abondent les militants d’Arran.

« Il faut faire très attention avec la poule aux œufs d’or »

Après de nombreuses condamnations de leurs actions, ces militants tentent de redorer leur blason. »Ces actions de protestation sont légitimes pour créer un débat public, explique Maria Rovira, une militante d’Arran, à franceinfo.De cette manière, nous avons placé ce débat indispensable sur la table. »

Et pour montrer leur implication, ces activistes font d’ailleurs des propositions précises pour mettre fin aux dérives du tourisme de masse : stopper l’attribution de licences aux hôtels et activités touristiques, augmenter les impôts sur les entreprises touristiques et interdire les sociétés de location d’appartements entre particuliers, notamment Airbnb.

Un programme validé par la CUP. Début août, le parti a répété que les actions d’Arran étaient « légitimes » et qu’elle lui « renouvelait » son soutien.

Cette stratégie sera-t-elle payante ? « Ils font une grave erreur », analyse dans le Guardian (article en anglais) Santi Vila, conseiller au gouvernement de Catalogne. Selon lui, les actions d’Arran nuisent à l’image de Barcelone et de la Catalogne et « ne vont pas aider la cause de l’indépendance ».

La droite espagnole a d’ailleurs commencé à utiliser ces actions pour dénoncer, plus largement, les positions politiques de la gauche et des indépendantistes. Dans un pays qui accueille 75 millions de touristes chaque année, ce qui génère 11% de son PIB, le sujet est plus que sensible.

« Il faut faire très attention avec la poule aux œufs d’or », a prévenu sur RTVE (article en espagnol) un député basque, inquiet de voir diminuer cette manne économique. La réponse des militants est déjà toute trouvée : « A ceux qui disent que le tourisme est la principale activité économique du pays, nous leur répondons que c’est précisément le problème, explique Maria Rovira. »

« Nous devons diversifier l’économie et remettre les personnes au centre de nos préoccupations. » Quitte à se mettre à dos une bonne partie de la population, pourtant favorable à une modération touristique.

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Publié dans Espagne, Tourisme | Commentaires fermés

Rwanda: meurtres, répression…le système Kagamé

Posté par Les Blogueurs Associés le 4 août 2017

Paul Kagamé

Les Rwandais sont appelés aux urnes pour élire leur président…ou plutôt réélire Paul Kagamé, en place depuis 2000. Les bureaux de vote ouvrent, vendredi 4 août, à Kigali au Rwanda et dans tout le pays.

Ils vont attendre patiemment que les électeurs s’y pressent pour réélire le président sortant Paul Kagamé, pour un troisième mandat, qu’il a annoncé comme son dernier en mai. Le suspense n’est en effet pas de mise.

Seuls deux opposants politiques ont été reconnus candidats officiels : Frank Habineza pour le Parti démocratique vert (PVD) et Philippe Mpayimana, candidat indépendant. Pour les autres, la Commission électorale nationale les a écartés ou alors ils ont été victimes de campagnes de diffamation et de menaces.

Mais finalement peu importe les opposants et leur nombre pour Paul Kagamé, qui répète à l’envi que l’élection est jouée depuis le référendum du 15 décembre 2015. Celui-ci l’a autorisé à se représenter jusqu’en 2034, avec 98,3% des voix. Un score impressionnant dans un pays connu par sa répression politique.

Campagnes d’intimidation et menaces

Seuls deux opposants politiques ont donc réussi à braver les obstacles et à se faire reconnaître comme candidats officiels pour cette élection présidentielle. D’autres candidats en ont été empêchés. Le 3 mai dernier, Diane Rwigara par exemple a annoncé qu’elle se présenterait en tant que candidate indépendante.

Dans les mois précédents, elle avait dénoncé publiquement la pauvreté, l’injustice, l’insécurité et l’absence de liberté d’expression au Rwanda. Une attaque directe envers le pouvoir. Quelques jours seulement après l’annonce de sa candidature, cette fille d’un financier du Front patriotique rwandais (FPR), parti de Paul Kagamé, mort dans des circonstances troubles, a fait l’objet d’une campagne de diffamation.

Des photos où elle apparaissait dénudée ont circulé sur les réseaux sociaux. Elle et Philippe Mpayimana se sont également plaints que leurs représentants avaient été victimes de harcèlement et de manœuvres d’intimidation pendant qu’ils recueillaient les signatures nécessaires à la validation des candidatures.

Pour contrer cette répression, certains opposants vivent à l’étranger, comme l’abbé Thomas Nahimana. Ce candidat déclaré s’est pourtant vu plusieurs fois empêché de revenir d’exil. Même à l’étranger, il est donc difficile d’échapper au spectre de Kagamé. L’ancien chef des services de renseignements, Patrick Karegeya, a ainsi été retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel d’Afrique du Sud en 2014.

Deux décennies de répression politique

Deux décennies d’attaques contre les opposants politiques, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains ont créé un climat de peur au Rwanda à l’approche de l’élection présidentielle. C’est ce que dénonce Amnesty International, dans un rapport publié vendredi 7 juillet.

L’ONG a donc décidé d’alerter sur le manque évident d’opposition politique et sur les dérives répressives du pouvoir. Parmi les cas cités par le rapport, on trouve l’assassinat en mai de Jean Damascene Habarugira, un membre du parti non reconnu des Forces démocratiques unifiées (FDU), présidé par l’opposante Victoire Ingabire.

Cette dernière a été condamnée en 2010 à quinze ans de détention pour « minimisation du génocide ».

« Depuis que le FPR est arrivé au pouvoir, il y a 23 ans, il est difficile pour les Rwandais de participer à la vie publique et de critiquer ouvertement les politiques gouvernementales ; certains le paient même de leur vie », a déclaré Muthoni Wanyeki, directrice du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands Lacs à Amnesty International.

Dans son rapport, Amnesty international exhorte donc l’Etat rwandais à entreprendre des réformes ambitieuses qui élargiront l’espace politique avant l’élection de 2024. Ce qui permettrait un débat véritable et l’expression d’opinions politiques diverses.

Un travail de fond sur la liberté d’expression doit notamment être entrepris.

Répression médiatique

La liberté d’expression, c’est justement ce dont manquent les médias, fortement réprimés. Depuis des années, des journalistes sont emprisonnés, harcelés, parfois tués, et beaucoup ont été contraints à l’exil. En 2010, les journaux indépendants Umuvugizi et Umuseso ont été suspendus pour avoir critiqué le régime, en pleine campagne électorale de réélection.

Jean-Léonard Rugambage, alors rédacteur en chef adjoint du journal Umuvugizi, a également été tué par balle à Kigali en 2010, alors qu’il enquêtait sur une tentative d’assassinat contre le général Kayumba Nyamwasa, passé dans l’opposition.

En 2015, c’est le service rwandais de la BBC qui a été bloqué, l’un des seuls médias à délivrer une information indépendante. En 2016, au moins trois journalistes ont été arrêtés après avoir enquêté sur des sujets sensibles, comme la corruption et les morts suspectes.

Dans son rapport, Amnesty International invite le gouvernement à créer un mécanisme juridique pour enquêter sur les violations des droits de l’homme. Un défi, tant que Paul Kagamé reste au pouvoir.

Un bilan contrasté

Malgré l’utilisation d’un régime répressif toujours plus violent pour se maintenir en place, Paul Kagamé possède un bilan jugé positif sur le plan économique : croissance de 7 %, population couverte à 91 % par l’assurance-maladie, politiques efficaces de lutte contre la corruption.

Ce qui corroborerait pour certains la popularité « indéniable » du président. Paul Kagamé, à la tête du Front patriotique rwandais, a contribué à mettre fin au génocide qui a fait plus de 800.000 morts 1994.

« The Boss » comme on l’appelle à Kigali, a toujours été élu avec plus de 90 % des voix, dans ce pays de 11,5 millions d’habitants. Mais la répression en vigueur va une fois encore empêcher de connaître la vraie valeur de ce vote : vote d’adhésion, de peur ou de dépit ?

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Publié dans Politique, Rwanda | Commentaires fermés

Les fonctions cloud des antivirus facilitent le vol de données confidentielles

Posté par Les Blogueurs Associés le 29 juillet 2017

Les Clouds

Les services d’analyse de malware dans le cloud peuvent être détournés pour servir de canal de d’exfiltration entre une cible et un attaquant. Un scénario qui fonctionne même sur des machines déconnectées de l’Internet.

Cloud et antivirus ne font pas forcément bon ménage, comme viennent de le montrer les chercheurs Itzik Kotler et Amit Klein de SafeBreach, à l’occasion de la conférence Black Hat USA 2017. De plus en plus d’éditeurs antivirus déportent en effet l’analyse malware dans le nuage, pour des raisons d’efficacité.

Quand l’agent logiciel local tombe sur une application inconnue et potentiellement malveillante, il est désormais courant qu’il l’envoie sur les serveurs de l’éditeur afin de procéder à une analyse approfondie.

Souvent, le code suspect sera alors exécuté dans une machine virtuelle pour observer son comportement. Mais cette nouvelle façon de faire n’a pas que des avantages. Les deux chercheurs ont montré que cette analyse dans le cloud offre aux pirates un nouveau moyen pour exfiltrer en douce les données confidentielles de l’ordinateur d’une organisation, même s’il est partiellement ou totalement déconnecté de l’Internet.

Quatre solutions trouvées vulnérables

Le modus operandi est le suivant. Les pirates arrivent à déployer sur une telle machine un logiciel d’espionnage indétectable que les chercheur baptisent « Rocket ».

Celui-ci va collecter les données intéressantes et les intégrer dans un second malware baptisé « Satellite », qu’il déposera sur la machine et qui sera facilement détectable (par exemple parce qu’il sera doté d’une persistance ostensible).

L’agent antivirus va alors procéder à sa mise en quarantaine et l’envoyer – directement ou indirectement – vers les serveurs cloud de l’éditeur où il sera exécuté dans une machine virtuelle. Si celle-ci est connectée à Internet, « Satellite » va pouvoir transférer les données confidentielles aux pirates, et le tour est joué.

Les chercheurs ont testé cette technique sur une dizaine de solutions antivirus. Quatre d’entre elles étaient vulnérables à ce type d’attaque: Avira Antivirus Pro, Eset NOD32 Antivirus, Comodo Client Security et Kaspersky Total Security 2017.

Les trois premiers ont depuis apporté un correctif à leur service d’analyse dans le cloud, ce qui ne veut pas dire que le danger est désormais écarté. Dans leurs tests, les chercheurs ont exfiltré les données depuis la machine virtuelle avec des techniques assez simples, basées sur des requêtes HTTP ou DNS. Il existe peut-être des techniques plus sophistiquée capables de contourner ces patchs.

Pas de patch chez Kaspersky

Kaspersky, pour sa part, a décidé de ne rien faire. L’éditeur a expliqué que les entreprises qui redoutent de telles attaques peuvent mettre en place leur propre serveur d’analyse Kaspersky pour ne plus dépendre du service cloud de l’éditeur.

Mais cela ne résoud pas forcément le problème, car ce serveur risque de procéder aux mêmes types d’analyse et probablement exécuter le malware dans une machine virtuelle connectée à Internet.

Certes, le client pourra dans ce cas bloquer toutes les connexions Internet de la machine virtuelle, vu qu’il en a la maîtrise. C’est d’ailleurs ce que les deux chercheurs suggèrent de faire. Mais ce n’est pas non plus une solution idéale, car les éventuelles communications initiées par le malware permettent souvent de dévoiler son caractère malveillant.

Les clients soucieux d’assurer la confidentialité de leurs données seront donc contraint d’abaisser l’efficacité du moteur de détection. Mais c’est peut-être un moindre mal.

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Moments de disgrâce pour NKM

Posté par Les Blogueurs Associés le 29 juin 2017

Nathalie Kosciusko-Morizet

Battue dans un territoire considéré comme imperdable pour la droite, Nathalie Kosciusko-Morizet lâche la tête de l’opposition parisienne. Et entame sa traversée du désert.

« Je sais que dans dix jours ma voix peut s’éteindre », mettait en garde le 6 juin dans Le Parisien Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), alors candidate dans la 2e circonscription de Paris. Deux tours de législatives, une agression et une hospitalisation plus tard, sa voix s’est éteinte.

Depuis sa défaite, dans un contexte singulier de violence, l’ancienne députée de l’Essonne a simplement envoyé deux communiqués succincts. L’un pour dire qu’elle ne solliciterait pas de nouveau mandat de présidente du groupe LR au conseil de Paris, le dernier poste à responsabilité qui lui restait.

L’autre pour se féliciter du lancement, très opportun, par Pierre Auriacombe, l’un de ses proches, d’un groupe distinct de celui de la « vieille droite parisienne ». Un terme cinglant, à la hauteur des haines recuites dont cette famille a le secret.

« Je suis témoin de l’acharnement d’une violence inouïe de certains barons à son encontre. Je comprends qu’elle soit dégoûtée des méthodes de certains », lâche un conseiller (LR) de Paris. Elles ont éclaté au grand jour avec la candidature dissidente de Jean-Pierre Lecoq, le maire du 6e arrondissement, qui a considérablement affaibli NKM aux législatives.

La défaite a un goût d’autant plus amer qu’elle intervient dans une circonscription imperdable pour la droite et au moment où son rival Pierre-Yves Bournazel triomphe dans une circonscription réputée, elle, ingagnable. Mais lui s’est mis en marche rapidement, là où NKM a traîné des pieds.

« Elle voulait préserver son identité politique »

« Dans le discours de Macron, il y a évidemment des thématiques proches des miennes, comme le travail indépendant. Mais son programme est attrape-tout et flou, notamment sur les économies à faire et sur la Défense, confiait fin février NKM, hésitante. Je ne vois pas sa capacité de projection. »

« Elle a eu dix fois l’occasion de claquer la porte de chez Fillon mais elle ne l’a pas fait. Elle voulait préserver son identité politique », décrypte une figure de la NKMie. « S’il y a bien une personne à droite qui portait une ligne proche de Macron, c’était elle. Mais elle est restée fidèle à Fillon », vante un collaborateur.

Nombre de ses fidèles ont pourtant quitté le bateau Fillon en pleine tempête. « Elle a été loyale, trop loyale. Et je ne suis pas la seule à le penser », confie à L’Express l’une de ses amies. « Elle n’exprime aucun regret aujourd’hui. Mais elle réfléchit forcément à ce qui se serait passé si elle avait fait un autre choix durant la campagne. »

Le 16 mai, son nom figurait bien sur la liste des ministrables possibles envoyée par l’exécutif à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) en vue de la constitution du gouvernement. Dans son entourage, on assure même qu’Emmanuel Macron lui aurait envoyé un mot pour se dire désolé qu’En Marche a investi quelqu’un face à elle.

« Je ne comprends plus cette trajectoire personnelle »

« Elle a essayé de se rapprocher de Macron tout en gardant une option Fillon, au cas où. Elle a voulu jouer sur les deux tableaux, pirouette cacahuète. Mais ça ne pouvait pas marcher », observe une conseillère (LR) de Paris qui ne l’apprécie pas.

« C’est une erreur de vouloir aller à la fois à la primaire, donc prétendre aux plus hautes fonctions, et à la mairie de Paris. Elle a payé cela », complète la maire (LR) du 5e arrondissement, Florence Berthout. « Je ne comprends plus cette trajectoire personnelle, sans jamais être capable d’être collectif. »

Le choc de la défaite a été amorti par son anticipation. « Dès le soir du premier tour de la présidentielle, on avait compris que ça serait difficile », confie un collaborateur. A son domicile, au cours de la soirée du second tour des législatives, alors qu’une chaîne d’infos en continu la donne par erreur gagnante, elle lâche: « Détendez-vous, ça ne va pas passer… », rapporte un témoin. « Son sentiment, c’est bien sûr de la peine et de la tristesse. Mais c’est aussi un soulagement de ne plus voir les élus de Paris », glisse un proche.

« Prendre le temps de réfléchir »

« Ça va vous paraître bizarre mais je la trouve libérée » depuis sa défaite, abonde une intime. « Elle va prendre le temps de réfléchir sur son avenir. » Lequel devrait passer par une expérience dans le privé. Dans le Landerneau, chacun y va de sa rumeur: « Elle va partir aux Etats-Unis », « elle va créer sa boîte », « elle va prendre la tête de la RATP ».

« La vérité, c’est qu’elle ne le sait pas elle-même, elle n’a aucune piste », assure une amie. « Elle va d’abord prendre des vacances et trouvera un travail en septembre-octobre », abonde un autre proche. « Elle ne va pas se contenter de ses indemnités de conseillère de Paris », persifle l’un de ses nombreux détracteurs LR.

Mais personne ne doute un instant qu’elle ne finira pas par revenir au premier plan en politique. « Personne ne sait ni quand ni dans quelles conditions. Mais j’en ai la conviction », martèle l’un de ses plus proches. « Si elle avait décidé d’arrêter, elle aurait quitté le conseil de Paris. Ce n’est pas le cas », observe un fidèle, Jean-Didier Berthault.

Le lancement annoncé d’un groupe dissident de droite et du centre « donne une indication de son état d’esprit », complète l’un de ses lieutenants. Lundi soir, elle a réuni une petite dizaine de proches au caffé Vitto, dans le Marais.

C’est là que l’idée d’un groupe dissident avec une présidence tournante a été formulée. « C’est pour éviter de retomber dans le syndrome de la guerre des chefs », défend l’un des participants.

« Maintenant, elle doit se faire oublier »

« C’est pour empêcher quelqu’un d’autre qu’elle d’émerger », rectifie un autre qui évoque un « dîner-catastrophe » au cours duquel plusieurs fidèles ont pris du champ. « Elle vit hyper mal la victoire de Bournazel. Mais on ne va pas le punir d’avoir gagné un siège de député ! Qu’elle oeuvre en coulisses OK. Mais pas pour régler des trucs perso.

« Conséquence de la défaite, même des proches ont désormais la dent dure: «  »Elle se garde la possibilité de revenir dans le jeu aux municipales de 2020. Mais elle n’a plus aucune chance. Elle le sait mais ne veut pas l’admettre. Maintenant, elle doit se faire oublier. »

« La droite ne pourra jamais gagner Paris. Mais une coalition droite libérée-En Marche! oui. Ça, elle pourra l’incarner », espère au contraire un autre proche. Mais avec Pierre-Yves Bournazel ou Benjamin Griveaux dans le paysage, « ça n’a rien d’évident », admet-il. « Et puis, on ne sait jamais, dans un moment d’inadvertance, Macron lui proposera peut-être un jour quelque chose. »

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